«Nous avons enlevé deux étrangers et trois Afghans», avait annoncé mercredi un porte-parole des talibans, avant d'ajouter: «Nos dirigeants décideront de leur sort.» Les autorités françaises et afghanes auraient pourtant préféré éviter de rendre publique cette information, redoutant qu'elle ne nuise à la sécurité des otages. C'est contre la volonté des deux gouvernements que le chef de la police de la province de Nimroz (sud-ouest) a révélé l'affaire.

Agés de moins de 30 ans, les deux Français enlevés mardi dernier étaient, ce qu'on appelle en Afghanistan, des cibles faciles. Travaillant tous deux pour Terre d'enfance, petite ONG française installée depuis plusieurs années dans l'extrême sud-ouest du pays, ils tentaient, habillés à l'afghane, de rejoindre en voiture la province d'Herat. Il portait la longue tunique des Afghans, avec un turban, elle était en burqa. Mais ces précautions n'ont pas été suffisantes. La prise d'otages a coûté la vie à leur chauffeur afghan. Quant à leur interprète, il est aussi aux mains des ravisseurs.

Le siège de l'organisation humanitaire est depuis injoignable. Quant à l'ambassade de France, elle ne souhaite pas communiquer. Selon un expert en poste à Kaboul, «la discrétion est le meilleur moyen d'engager des négociations avec les ravisseurs».

Ce nouvel enlèvement survient quelques semaines après celui d'un journaliste italien dans la région du Helmand, située dans le sud du pays. Sa libération, après quinze jours de captivité, avait été âprement négociée par les talibans, qui ont obtenu la libération de cinq des leurs des geôles afghanes.

Le gouvernement est affaibli par cette nouvelle crise. Pour les talibans, les expatriés sont désormais une véritable monnaie d'échange. Dans les locaux de Handicap International, un responsable de la logistique, explique: «On pense tous que ces phénomènes vont se reproduire. Nous sommes même étonnés que les talibans n'aient pas développé cette stratégie plus tôt.»

Attentat à Kaboul

L'hiver dernier, les rebelles islamistes avaient menacé les troupes de la coalition de mener de violentes offensives de printemps. Mais ils seraient plus faibles militairement. Ils pourraient donc bien opter pour une nouvelle stratégie: celle de la guérilla, en multipliant les attentats et les enlèvements. Vendredi, six personnes ont été tuées dans un attentat suicide à la voiture piégée à Kaboul.

Nombreux sont ceux qui pensent ici que cette nouvelle crise des otages pourrait durer longtemps.