France

A Paris, la guérilla des boucheries

Un «happening» végan a frôlé l’escalade samedi à Paris. Des militants antispécistes y ont entrepris de camper, tracts en main, devant plusieurs boucheries

Le nom sur la vitrine pourrait prêter à sourire. Samedi matin, c’est devant la boucherie Petard, avenue de Versailles à Paris, qu’une poignée de militants végans et antispécistes avaient décidé de passer à l’action. Au risque d’une explosion de violence et d’insultes. Objectif: interpeller les acheteurs de viande pour dénoncer les abus commis contre les animaux. Et ce, quelques jours après la tenue à Pau (Pyrénées-Atlantiques) du procès des responsables de l’abattoir départemental de Mauléon-Licharre, dont les méthodes avaient été dénoncées en mars 2016 par l’association L214. Laquelle avait porté plainte après avoir réussi à sortir des images choquantes d’animaux mal étourdis, voire saignés vivants, au sein de l’établissement. Le jugement a été mis en délibéré.

Pourquoi Paris? Parce que la capitale française est un symbole. Dans ce très chic XVIe arrondissement, la boucherie Petard est une référence, non loin du marché hebdomadaire de la rue La Fontaine. Pas question toutefois, pour les militants de la cause animale, de risquer l’affrontement. Samedi, leur action a duré moins d’une heure. Vêtus de t-shirts «Boucher n’est pas un métier», une dizaine de jeunes militants se sont postés devant les vitrines réfrigérées remplies de rosbifs, de côtelettes et de charcuterie. En Suisse, plusieurs manifestations antispécistes d’importance ont eu lieu depuis un an. En septembre 2017, les militants helvétiques de l’association 269Life Libération animale avaient campé toute une nuit devant l’abattoir de Clarens (VD). Des activistes avaient aussi envahi le McDonald’s de la place Saint-Laurent, à Lausanne.

Les passants plutôt du côté des bouchers

Les commandos végans à l’assaut de Paris savent que leur cause est risquée dans une métropole dont l’image est largement liée à la gastronomie. C’est à Paris que les premiers bouchers professionnels de France – regroupés dans une corporation puissante dès le XIIe siècle – installèrent leurs étals sur l’île de la Cité dès l’époque gallo-romaine, en particulier dans le quartier des Halles. Difficile, aussi, pour le collectif Boucherie Abolition de se faire entendre dans les quartiers où les riverains déplorent déjà la disparition des petits commerçants de proximité. Samedi, les passants étaient à l’évidence plutôt du côté des bouchers, jugeant déplacées cette action et la propension des activistes à porter atteinte aux commerces. 

La semaine précédente, six militants avaient été interpellés à Lille, accusés d’avoir endommagé plusieurs vitrines de boucheries et de commerces de bouche. Selon la Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT), «douze cas de commerces alimentaires caillassés avec tags de revendications antispécistes» et «plusieurs dizaines» de cas de détériorations (en particulier avec jet de faux sang) ont eu lieu en 2018. Des chiffres contestés par les associations comme L214, qui dénonce de son côté le «zoocide» et remplit les salles parisiennes lors de conférences consacrées à l’alimentation ou à la défense des animaux. Le mouvement, pour l'heure, reste encore limité dans la capitale et la plupart des boucheries parisiennes restent indemnes de toute «embuscade». 

Nouveau «happening» prévu le 1er novembre

Le nouveau ministre de l’Ecologie, François de Rugy, s’est inquiété samedi des risques de dérapage. Mais les militants ne comptent pas en rester là. Un nouveau «happening» pour «stopper l’hécatombe animale» est programmé à Paris le 1er novembre prochain. Le mot d’ordre? Tout faire «pour que les personnes animales ne terminent plus ni dans les assiettes, ni dans les équarrissages, ni à asphyxier pour les poissons».

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