«Une visite historique.» C'est en ces termes que le Yediot Aharonot (le principal quotidien israélien) décrit le voyage de trois jours qu'Ariel Sharon vient d'entamer en France. Un voyage censé mettre fin à cinq années de relations glaciales entre Jérusalem et Paris. Paradoxalement, le premier ministre israélien avait d'abord refusé l'invitation que lui avait adressée Jacques Chirac. Mais à trois semaines du début du désengagement israélien de la bande de Gaza et à un an de la date officielle des élections législatives d'octobre 2006, Ariel Sharon recherche désespérément le soutien de la communauté internationale.

«A part des photos protocolaires et des paroles de circonstances sur la nécessité du dialogue israélo-palestinien, personne n'attend grand-chose de ce déplacement», explique le chroniqueur politique Hanan Krystal. «En réalité, Sharon n'a pas décidé de se déplacer à l'étranger durant une période aussi sensible pour le plaisir de voyager, mais pour commencer à récolter les bénéfices de son plan de démantèlement des colonies.» Et de poursuivre: «Fort du soutien sans cesse renouvelé de l'administration américaine (ndlr: lors de son récent passage dans la région, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice lui a remis une lettre de félicitations émanant de George Bush), Sharon se tourne désormais vers les poids lourds de l'Europe et vers le reste du monde en leur disant: «Aidez-moi.» Voilà pourquoi il accepté de rencontrer Jacques Chirac alors que son entourage le lui déconseillait et pourquoi il prendra dans quelques semaines la parole devant l'Assemblée générale des Nations unies.»

Le rapprochement d'Israël avec la France est palpable. Depuis le début de l'année, les attaques récurrentes de la presse de l'Etat hébreu contre «l'antisémitisme français» et contre la «politique pro-arabe de Chirac» ont quasiment disparu. De plus, les responsables israéliens recommencent à se montrer aux événements organisés par l'ambassade de France, ce qui ne s'était plus produit depuis longtemps. De son côté, l'Hexagone a énormément investi afin d'être mieux perçu par l'opinion israélienne. Un périodique Dialogues et un site internet, ont été créés pour soutenir les initiatives économiques et culturelles qui se multiplient à Jérusalem, à Tel-Aviv, à Haïfa.

Cependant, au-delà de la France, c'est avec l'ensemble de l'Europe qu'Israël améliore ses relations à un rythme soutenu. Tout àa commencé il y a un peu plus d'un an lorsque Bruxelles et Jérusalem ont décidé d'«oublier» les tensions causées par l'«affaire Sharon». Ce réchauffement s'est poursuivi lorsque les responsables européens ont été persuadés de la volonté réelle du premier ministre de démanteler les colonies de Gaza. «Bien sûr, nous savons tous que le désengagement n'a pas été conçu pour faciliter la vie des Palestiniens, mais plutôt pour décharger Israël d'un poids économique et sécuritaire, affirme un diplomate européen en poste à Tel-Aviv. Cela étant, le démantèlement des colonies est un pas dans le bon sens que nous apprécions comme tel.» Et d'ajouter: «Il y a un an à peine, Chirac déclarait publiquement que Sharon «n'est pas le bienvenu à Paris». Aujourd'hui, il le reçoit à bras ouverts et tous les autres leaders européens sont prêts à faire de même.»

Certes, à Jérusalem, la visite du premier ministre de l'Etat hébreu à Paris est beaucoup moins couverte par les médias que ses nombreux voyages à Washington. Exemple parmi d'autres: les retrouvailles entre Ariel Sharon et Jacques Chirac sont traitées dans les pages intérieures des journaux alors que le moindre sommet entre Sharon et Bush mobilise toutes les manchettes et fait se déplacer des dizaines d'envoyés spéciaux.

«Quelque chose a pourtant changé entre l'Europe et nous, affirme toutefois le commentateur Emmanuel Rozen. Ce n'est pas encore le grand amour mais depuis les attentats de Madrid et de Londres, nos responsables estiment que leurs homologues européens comprennent mieux leurs préoccupations sécuritaires et qu'ils deviennent, comme Chirac, plus équilibrés dans leur appréciation de la politique israélienne.»