Urbanisme

A Paris, l’attente du «Grand Olympique Express»

L’attribution des JO d’été 2024 à Paris est, pour le nord de la capitale française, la garantie d’un désenclavement et d’une réhabilitation sportive tant attendus par sa jeunesse

Sur le trottoir de l’avenue Marx-Dormoy de Bondy, un rêve a commencé à devenir réalité. Fiers du recrutement à prix d’or par le Paris Saint-Germain de l’enfant du quartier devenu star de la galaxie football, Kylian Mbappé, les gamins de l’AS Bondy se voient déjà, demain, tous volontaires bardés de sponsors et de cadeaux au futur village des athlètes olympiques, qui sera construit sur l’île Saint-Denis, au sud-ouest de leur ville de banlieue.

Rachid, 15 ans, est un habitué du stade du club, situé sur ce long boulevard jalonné, d’un côté, de barres d’immeubles HLM et, de l’autre, de pavillons typiques de la banlieue parisienne. Dans sept ans, la révolution ne viendra pas selon lui des JO, mais de la ligne 15 du «Grand Paris Express» qui mettra le Stade de France, l’actuelle Cité du cinéma de Saint-Denis et la future cité olympique à moins de dix minutes, contre trente aujourd’hui. «Peut-être que le nord de Paris sera enfin bien vu», lâche le lycéen, en train d’attendre son jeune frère à la sortie de l’école maternelle Jean-Zay.

Mieux que le Stade de France

Le «Grand Paris Express», ce projet de révolution ferroviaire urbaine censé désenclaver la grande périphérie parisienne et relier enfin par un train rapide l’aéroport Charles-de-Gaulle au centre de la capitale, a d’ailleurs hérité d’un surnom. Au Bourget, où pourrait être installé le village olympique des médias, l’édition locale du journal Le Parisien l’a surnommé le «Grand Olympique Express».

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Explication: l’attribution des Jeux d’été 2024 est assurée de verrouiller les travaux de ce chantier de plus de 20 milliards d’euros au total (pour toute la banlieue parisienne), qui accouchera de plus de 200 nouveaux kilomètres de voies ferrées automatisées et de 68 nouvelles gares, dont l’une des plus importantes à Bondy.

Patrick Braouezec, le président de Plaine Commune, la communauté d’agglomérations de Saint-Denis (dont il fut maire), en est persuadé: «Ces Jeux seront le deuxième étage de la fusée pour notre territoire, expliquait-il au Temps lors de la Journée olympique mondiale du 23 juin. Nouveaux quartiers, dépollution des terrains industriels, arrivée des nouvelles lignes de métro… L’élan sera bien plus grand qu’en 1993, lorsque fut construit le Stade de France.»

Gare au dépassement

A Lima, au Pérou, où ils sont arrivés lundi pour défendre la candidature française devant l’assemblée du Comité international olympique, les porte-parole de Paris 2024 vont surtout répéter le chiffre que tout le monde, en France, a envie d’entendre. Officiellement, le budget de la capitale française est l’un des plus modestes jamais envisagés: 6,8 milliards d’euros, en augmentation toutefois par rapport aux 6,2 milliards initialement prévus.

Gare toutefois: Tokyo, pour les JO 2020, annonce de son côté une facture de 13 milliards, alors que 4 avaient été budgétés. Mais, pour ce Nord parisien si souvent associé à la difficile mixité sociale, au trafic de drogue et à la paupérisation économique, la chance est réelle. Avec comme principal pôle de développement la métropole de Saint-Denis, dont les principales attractions restent la basilique des rois de France, à deux pas de la mairie, et le Stade de France qui connut l’épopée victorieuse des «Bleus» de Zinedine Zidane, en 1998.

De la Seine au Bourget, une trouée vers le nord verra, en 2024, surgir les trois principales réalisations prévues pour ces Jeux: le futur complexe olympique aquatique, la cité des athlètes et la cité des médias (au Bourget).

Démêler le vrai du faux

Coprésident du comité de candidature Paris 2024, Tony Estanguet en rajoute: «Ces Jeux vont faire une différence dans la vie quotidienne des populations de ce nord de Paris trop souvent pointé du doigt pour ses problèmes. Sans cette opportunité territoriale, notre candidature n’aurait pas eu cette cohérence et cet enracinement social.»

Vrai? A voir. Si les élus sont presque tous embarqués dans le bateau Paris 2024 aux côtés de la maire socialiste de la capitale, Anne Hidalgo, d’abord réticente, un collectif d’opposants défend l’idée contraire. Frédéric Viale est un militant altermondialiste, membre du collectif Non aux JO: «On parle d’un désastre écologique, assène-t-il. Les populations ne sont ni consultées, ni vraiment informées. La charte sociale des Jeux sera une excuse pour ouvrir ces quartiers aux promoteurs et faire le ménage avant leur arrivée.»

Pas faux: le village des athlètes, sur l’île Saint-Denis – non loin des studios de télévision de la Plaine et de la Cité du cinéma inaugurée voici plus de dix ans par Luc Besson – doit être ensuite reconverti en logements. Avec son lot de possibles spéculations et de coups tordus.

Lire aussi notre interview de Tony Estanguet

Le sport? Il reste le fil rouge, selon les défenseurs de ces Jeux olympiques du centenaire, un siècle après ceux de Paris en 1924 qui avaient installé leur grand stade à Colombes, au nord-ouest de la capitale. Filiation historique: cette autre partie de la banlieue sera de nouveau choyée, avec la mobilisation de la U Arena de Nanterre-La Défense (propriété de l’homme d’affaires suisse et président du Racing 92 de rugby Jacky Lorenzetti) pour accueillir les épreuves de gymnastique et de trampoline.

Ici, bien sûr, le décor est différent. Les gratte-ciel des multinationales toisent le stade. Paris 2024, les Jeux d’une capitale transformée? «Il y a quand même un problème, s’énerve un élu vert de Montreuil, autre ville de banlieue laissée, elle, à l’écart. Toute la communication met en scène Paris, Ville-Lumière, et tous les chantiers auront lieu à la périphérie. On restera les soutiers de la future capitale olympique.»

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