«Nous avons essayé très fort, nous avons insisté sur un accès à la (zone de guerre), mais c’est à nos amis de l’autoriser ou pas», a déclaré Bernard Kouchner, visiblement tendu, lors d’un point de presse après de longs entretiens avec son homologue Rohitha Bogollagama.

David Miliband a confirmé que les pourparlers avaient échoué, précisant à l’adresse de Colombo que les appels à un cessez-le-feu «humanitaire» visaient «uniquement à sauver les civils» et non les rebelles tamouls. «Personne dans la communauté internationale n’a jamais appelé à un cessez-le-feu afin de sauver Prabhakaran», le chef des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) que l’UE et les Etats-Unis considèrent comme une «organisation terroriste», a insisté le chef de la diplomatie britannique. David Miliband, dont le pays est l’ex-puissance coloniale, a qualifié le Sri Lanka de «pays fier, indépendant et démocratique (qui) a terriblement souffert du terrorisme».

Appel au cessez-le-feu

David Miliband et Bernard Kouchner sont venus réclamer officiellement un «cessez-le-feu humanitaire, qui pourrait épargner les 50 000 civils coincés dans la région du conflit, une bande côtière de six km2 dans le nord-est. Paris et Londres devaient «réitérer les appels de la communauté internationale au cessez-le-feu, au respect du droit international humanitaire et à la protection des civils», avait dit mardi le ministère français des Affaires étrangères.

Les deux hommes sont ensuite partis -avec une poignée de journalistes, dont un photographe de l’AFP- à Vavuniya, à 80 km au sud-ouest de la zone de guerre, où vivent 200 000 réfugiés qui ont fui ces derniers mois. Selon les Nations unies, plus de 100000 personnes ont réchappé du conflit depuis qu’a commencé, le 20 avril, un exode massif de civils tamouls.

Lundi, le chef humanitaire de l’ONU, John Holmes, n’avait pas même pas obtenu de feu vert pour qu’une équipe humanitaire entre dans la poche des insurgés coupée du monde. D’ailleurs, le département d’Etat américain s’est dit «très préoccupé» par des informations faisant état de bombardements contre cette enclave.

Victimes civiles

Un site internet proche du LTTE, Tamilnet.com, a accusé l’armée de continuer à pilonner la région, en dépit de sa promesse de ne plus le faire et de se cantonner à des «opérations humanitaires». Les militaires affirment avoir «sauvé» 113 000 personnes en une semaine. Mais selon l’ONU, plus de 6500 civils ont probablement déjà été tués et 14 000 blessés depuis le dernier coup de butoir de l’armée en janvier dans un Nord-Est aujourd’hui dévasté.

Le voyage de MM. Miliband et Kouchner se déroule dans un climat diplomatique tendu. Le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, bon connaisseur du pays et qui devait faire partie de la visite, s’est vu refuser mardi d’entrer dans l’île. Une décision qualifiée de «grave erreur» et de «lamentable» par l’UE.

Persuadé d’être tout près de la victoire militaire, le Sri Lanka reste sourd aux exhortations internationales, essentiellement venues des Occidentaux, quant à sa manière de conduire son conflit contre les Tigres.

Jusqu’à sa débâcle militaire, le LTTE luttait pour fonder un Etat indépendant dans le nord et l’est de cette île plutôt prospère de 20 millions d’habitants, mais saignée par une guerre séparatiste qui a fait plus de plus de 70 000 morts en 37 ans.