Paris et Los Angeles ont sorti le grand jeu pour accueillir les Jeux olympiques. Les deux villes finalistes ont défendu mardi leur dossier de candidature devant le Comité international olympique (CIO). Réunies à Lausanne, les délégations n’ont qu’une date en tête: 2024. Les Californiens promettent de «nouveaux Jeux pour une nouvelle ère», tandis que les Parisiens espèrent organiser les Jeux du centenaire. Le président Emmanuel Macron a fait le déplacement pour défendre le projet de son pays. «Le peuple français est prêt à accueillir ces Jeux. Je ne serais pas là sinon», a-t-il affirmé après le grand oral auquel il a participé.

Les deux capitales occidentales sont difficiles à départager. Face à ce choix cornélien, les 95 membres du CIO ont entériné le principe d’une double attribution lors d’une session extraordinaire organisée dans l’après-midi. La ville écartée pour 2024 héritera de l’événement planétaire en 2028. Une configuration inédite, pour que tout le monde soit gagnant.

«Quand on dispose de deux candidatures aussi solides, ce double vote semble la meilleure solution», indique un membre de l’instance olympique. Cette attribution simultanée est défendue par Thomas Bach, le patron allemand du CIO. L'instance a ouvert en mars dernier un groupe de travail pour examiner cette option. L'enjeu est important: seulement deux villes sont candidates au terme d’un processus laborieux. Il faut remonter en 1988 pour avoir un choix aussi faible pour les JO d’été.

Pénurie de candidatures

Pour 2024, cinq compétiteurs étaient sur la ligne de départ. Mais Hambourg, Rome, Budapest et Boston ont renoncé. Cette dernière a été remplacée au pied levé par Los Angeles pour faire face à Paris. Le CIO craignait un processus encore plus désastreux pour 2028, pour lequel aucun pays ne s’est encore réellement manifesté. Cette pénurie de candidatures est-elle le signe d’un désamour pour les JO? Un budget qui explose, des installations sportives abandonnées, les erreurs du passé hantent encore les esprits.

Lire notre édito: Retrouver la flamme olympique

En 2016, les Jeux de Rio ont plombé le Brésil, dont l’économie était à l’agonie. Sans compter la corruption qui a gâché la fête. Les scandales s’accumulent, et n’échappent pas à la presse internationale. Le problème ne date pas d'hier. En 1976, les Jeux de Montréal ont jeté un froid. L’événement a accouché d’un déficit colossal suite à une mauvaise estimation du coût de construction d’un stade olympique. 

«Un sas de sécurité»

«C’est une période difficile. Peu de villes sont candidates car la population est attentive au bon usage des deniers publics», explique Patrick Clastres, professeur à l’Institut des sports de l’Université de Lausanne. Selon l’historien du sport, la double attribution pour les Jeux de 2024 et 2028 est une option intéressante. «Le CIO ouvre un sas de sécurité en attribuant les Jeux aux deux villes finalistes. L’instance pourra prendre le temps d’observer l’évolution du sport mondial pour se réformer», estime-t-il.

Elu en 2013 à la tête du CIO, Thomas Bach veut en effet transformer la procédure de candidature à l’organisation des Jeux olympiques. Pour y parvenir, l’instance a adopté l’Agenda 2020. Ce programme doit favoriser les villes les plus responsables sur les plans économique, social et environnemental. L’organisation des Jeux doit surtout devenir plus attrayante. La stratégie vise notamment à séduire un public jeune qui a tendance à bouder le grand rendez-vous du sport. De nouvelles disciplines ont ainsi fait leur entrée aux Jeux comme le BMX, le surf ou encore l’escalade.

Second souffle

Un changement de modèle pour offrir un second souffle à l’événement? Jean-Loup Chappelet, professeur à l’Université de Lausanne, en est convaincu. «Les Jeux olympiques sont un patrimoine unique pour l’humanité. Ils peuvent être une occasion rare de dynamisation d’un territoire, de coopération nationale et internationale et de coexistence pacifique», affirme l’auteur de «Raviver la flamme».

Selon lui, il est nécessaire de lutter contre certaines «contre-vérités». Le coût des Jeux est «raisonnable en comparaison avec des grands projets comme les expositions universelles». Le budget global des Jeux d’été est de l’ordre de 5 à 6 milliards d'euros. Ce qui pose problème, ce sont les installations annexes comme la construction d’un aéroport ou d’un métro. Des projets bien souvent financés par les collectivités locales.

Gain de temps

L’utilisation d’installations existantes, comme le propose Paris, pourrait devenir la norme. Cela éloignerait le risque de travaux terminés dans l’urgence, et donc d’un surcoût. «Nous n’allons pas construire d’éléphants blancs avec ce projet», a rappelé mardi Emmanuel Macron, en faisant référence aux infrastructures qui ne servent qu’une fois et tombent en ruines après les Jeux. Le système de double attribution pourrait également offrir un gain de temps considérable à la ville qui organisera les Jeux de 2028.

Et cela pourrait convaincre de nouveaux candidats pour les compétitions futures. «De nouvelles villes vont pouvoir organiser les JO. Elles auront le temps de construire leurs infrastructures», confirme Patrick Clastres. Le chercheur imagine d’ailleurs un système de candidature radicalement différent. A terme, le CIO pourrait démarcher directement les villes-hôtes. Tout cela, sans appel à candidatures. La démarche serait simplifiée mais pas moins opaque.

L'horizon pourrait s'éclaircir en 2032. L’Inde, deuxième pays le plus peuplé au monde, devrait manifester son intérêt. Ce serait une première. Car malgré la frilosité de certains élus, les Jeux restent une belle opportunité. En 2012, la Grande-Bretagne avait construit l’événement comme une réussite avant même le début des épreuves. Un quartier déshérité de Londres, qui accueillait les principaux sites des épreuves, s’est profondément transformé. A l’époque, le comité organisateur promettait d'«inspirer une génération». Los Angeles et Paris rêvent de ce tremplin.


JO 2024: avantage Paris

Le grand show olympique ne réserve plus vraiment de surprises. Paris et Los Angeles sont assurées d’organiser les Jeux d’été. Mais le suspense reste entier concernant l’ordre d’attribution. Le résultat sera connu le 13 septembre lors d’une session du CIO organisée à Lima, au Pérou. La bataille est rude entre les deux villes finalistes. Aucune des deux ne souhaite, du moins officiellement, accueillir l’événement planétaire en 2028.

La délégation française affiche d’ailleurs une détermination sans faille. Après plusieurs échecs, notre grand voisin compte bien obtenir les JO dès 2024. «On ne veut pas perdre une quatrième fois. Je suis ici pour montrer que les autorités françaises soutiennent ce projet», a affirmé Emmanuel Macron. Le président français s'est rendu à Lausanne pour soutenir le dossier parisien. Son homologue américain Donald Trump n'avait lui pas fait le déplacement. Il s'est contenté d'un tweet à l'issue des présentations, où ne figure aucune allusion à 2024: «Nous travaillons dur pour obtenir les Jeux olympiques pour les Etats-Unis (L.A.). A suivre!»

Des raisons objectives expliquent la fermeté de la France. «Tous les accords que nous avons obtenus sont pour 2024. Les terrains, les infrastructures, les partenariats. Il nous sera impossible de conserver cela en l’état pour 2028», indiquait Tony Estanguet, coprésident du comité de candidature Paris 2024, au Temps.

«On a des vues complémentaires»

Lundi, Thomas Bach a osé un «Paris 2024 est en marche» lors d’une déclaration conjointe avec le chef d’Etat français. La candidature française serait-elle sur la bonne voie? Le camp tricolore veut y croire. Dans ce duel avec Los Angeles, tout se joue en coulisses. Le maire de Los Angeles Eric Garcetti et son homologue Anne Hidalgo ont noué une amitié qui pourrait être décisive. «On a des vues complémentaires», assure l’entourage de la maire de Paris sans pour autant crier victoire. La délégation française était favorable au principe de double attribution. «Être ville candidate, c’est prendre un risque important. S’engager pour qu’il n’y ait que des gagnants est une démarche que je soutiens très fortement», a affirmé Anne Hidalgo.

Ces dernières semaines, les Américains ont lâché un peu de lest. Casey Wasserman, président de la candidature californienne, a été le premier début juin à évoquer la possibilité pour Los Angeles d’accepter 2028. «Pour parler clairement, la candidature de LA 2024 n’a jamais été uniquement à propos de Los Angeles et uniquement à propos de 2024», a-t-il expliqué.

Paris rêve des Jeux du centenaire, après ceux de 1924 déjà organisés dans la capitale française. Ce serait «une merveilleuse occasion», a confirmé Thomas Bach. Mais le président du CIO a rappelé que la France est engagée dans une «compétition». L’exemple des Jeux de 1996 le rappelle cruellement. Athènes souhaitait également fêter le centenaire de l'accueil des Jeux sur son territoire. Mais l'argument historique n'avait pas convaincu le CIO, Atlanta avait finalement raflé la mise. «Il s’agissait des premiers Jeux entièrement financés par des partenaires privés. Avec ce choix, le CIO voulait marquer un changement d’ère: celle de la planète business», raconte Patrick Clastres, historien du sport.