A quarante-huit heures du deuxième tour des élections municipales, on ne fait plus dans la nuance. Tous les arguments ont été déployés, les candidats ont épuisé le stock de leurs petites phrases. Les troupes, à gauche comme à droite, sont prêtes à bondir pour faire passer leurs listes, hommes et femmes réunis. Petit tour des circonscriptions chaudes.

Paris oblige. «Se verront-ils, se verront-ils pas?» Le grand suspense de cette fin de semaine, c'est la rencontre, rêvée par l'Elysée et l'appareil gaulliste, des deux frères ennemis de la droite parisienne: Jean Tiberi, maire sortant – ostracisé par son camp mais nécessaire à la victoire de demain –, et le candidat officiel, Philippe Séguin. Le premier voulait imposer la fusion des listes au second, qui n'accepte que le désistement en faveur de la liste qui a fait le meilleur score au premier tour. Faute de quoi il ne le rencontrera pas. Jean Tiberi, lui, refuse de lâcher sur une demi-douzaine d'arrondissements. Il faut dire que l'un comme l'autre sont très regonflés, car ils savent que la majorité des électeurs, à Paris, se situe en principe à droite, même si elle ne suffit pas à leur donner automatiquement la majorité au Conseil de Paris.

La gauche, elle, est bien partie, grâce à sa fusion avec les Verts au second tour. Elle peut l'emporter dans les IXe, XIIIe et XIVe, en plus des cinq arrondissements qu'elle tient déjà. Mais la droite résiste ailleurs, surtout dans le Ve, où Tiberi plastronne, avec 40% des voix au premier tour, et dans les grands arrondissements de l'ouest parisien. C'est dans le XIIe arrondissement (riche en sièges pour le Conseil de Paris) que se jouera probablement l'élection: la bataille y sera très serrée.

A Lyon, comme à Paris, la droite aura été déchirée par un conflit essentiel: faut-il accepter ou non l'alliance de la droite modérée avec Charles Millon, un revenant des accointances avec Le Pen? Les arrangements subtils des deux têtes de liste (Dubernard et Millon) indiquent que l'appareil, lui, a choisi. Mais leurs électeurs?

Des triangulaires…

A Toulouse, la gauche tente d'arracher la ville à la droite. Et ses chances semblent nettement plus fortes depuis que la liste de gauche a passé accord avec les «marginaux» de la liste Motivé-e-s: contestataires bruyants, qui s'expriment beaucoup par le biais de concerts et d'une rengaine – «Allez, ouste» – ravageuse pour le candidat de droite, Philippe Douste-Blazy.

Ailleurs, la droite pourrait perdre Dijon, où le socialiste François Reibsamen menace très sérieusement le dauphin du maire sortant, le RPR Jean-François Bazin. Une triangulaire rend incertaine la réélection de l'UDF Thiollière à Saint-Etienne. A Auxerre, la droite se déchire autour de l'héritage de Jean-Pierre Soisson. Une triangulaire qui peut profiter à la gauche.

Mais la gauche n'est pas quitte pour autant. A Strasbourg, Catherine Trautmann, maire choyée jusqu'à son entrée au gouvernement, est en phase difficile avec son remplaçant, Jean-Claude Petitdemange, qui n'a pas démérité en son absence, et supporte fort mal d'avoir été évincé par la ministre revenue au bercail. Il se présente donc contre elle dans une triangulaire, qui peut les faire choir tous les deux. Triangulaire encore à Morlaix (Marylise Lebranchu) ou à Lisieux. Blois, dont Jack Lang est maire sortant, pourrait passer à droite, dans une ville où les deux listes de droite, fusionnées, tentent de desceller le ministre de l'Education, fort mal vu de la population depuis qu'il a lorgné, en vain, sur la mairie de Paris. La gauche est encore en difficulté à Chartres, Cahors, Orléans, Vienne et Quimper. A Avignon, Elisabeth Guigou a pratiquement perdu la partie. Enfin, le Parti communiste a de quoi s'inquiéter de la perte de La Seyne-sur-Mer, de Nîmes, Dieppe, Evreux et Argenteuil.