France

A Paris, la ministre du Travail sonnée par sa réforme

La brève hospitalisation, mardi, de Myriam El Khomri coïncide avec ses difficultés législatives

S’il ne s’agit que d’une coïncidence, elle tombe très mal. Brièvement hospitalisée mardi pour des examens médicaux après un malaise, et contrainte de reporter ses rendez-vous avec les partenaires sociaux, la ministre du Travail Myriam El Khomri apparaît de nouveau fragilisée face aux levées de boucliers contre son projet de loi sur la réforme du code du travail. Le texte, dont le contenu a été dévoilé en partie la semaine dernière, ne devrait d’ailleurs pas être présenté le 9 mars en conseil des ministres comme cela était prévu. Pis: l’annonce de son report est intervenue au moment où l’un des conseillers de la ministre a rendu public sa démission, estimant dans Le Monde «qu’il s’agit d’un projet de loi droitier, qui déshonore la gauche».

Cette avalanche de mauvaises nouvelles n’a toutefois rien de surprenant. D’abord, parce que le calendrier est fort mal choisi. Avoir opté pour une pareille réforme – aussi nécessaire soit-elle pour relancer l’emploi et commencer à mettre fin aux rigidités chroniques du marché du travail – à une année de l’élection présidentielle de mai 2017 ne pouvait que conduire à une rébellion de la gauche radicale et des syndicats. Ceci alors que François Hollande laisse toujours planer le doute sur une nouvelle candidature. Bien qu’ils soient très peu représentatifs, avec moins de 5% de syndiqués dans le secteur privé, ces derniers n’ont en effet aucune raison de céder du terrain à un président plombé par son impopularité chronique. Idem pour une bonne partie des députés socialistes de la majorité, qui s’estiment trahis par l’ouverture sociale-libérale du premier ministre Manuel Valls aux commandes depuis avril 2014 et craignent de payer les pots cassés électoraux de ce virage à droite lors des législatives post-présidentielles.

Un poste exposé

L’autre raison de ces difficultés est l’évident problème de casting. En choisissant, en septembre 2015, l’ancienne élue PS parisienne Myriam El Khomri, 37 ans, pour le poste crucial de ministre du Travail, François Hollande et Manuel Valls ont oublié combien ce poste est exposé, d’où la nécessité d’un titulaire expérimenté, fin connaisseur des relais de pouvoirs à gauche. Ses deux prédécesseurs, l’actuel ministre des Finances, Michel Sapin, et le maire de Dijon François Rebsamen sont tous deux de vieux hussards socialistes. Or Myriam El Khomri, pourtant connue pour la sincérité de ses engagements, ne dispose ni de leurs entregents, ni de leurs réseaux, ni de leur capacité à résister à l’interventionnisme du premier ministre.

On se souvient aussi que dès sa prise de fonction, une gaffe l’avait discrédité: la ministre s’était retrouvée incapable, à la télévision, de répondre à une question sur le nombre de renouvellements possibles des contrats de travail à durée limitée. Dernier bug en date: son ministère a admis une «anomalie» au vu de la baisse surprise du nombre de chômeurs en janvier.

La réforme est-elle donc enterrée? Non sur le papier. Mais dans le climat de guerre de tranchées qui prévaut aujourd’hui au sein de la gauche française, Myriam El Khomri parait déjà, politiquement parlant, en réanimation.

Publicité