«La France n'entend pas casser les négociations avec la Turquie.» Le secrétaire d'Etat français chargé des Affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet, a tenté de rassurer Ankara, lors de sa visite mardi en Turquie, dans le cadre de la troïka européenne. Accompagné du commissaire européen, Olli Rehn et du ministre slovène des Affaires étrangères, à la tête de la présidence européenne, Jean-Pierre Jouyet a présenté les grandes lignes de la politique que mènera la France à partir du 1er juillet, lorsqu'elle prendra la tête de l'UE. Sans nier les «divergences» existant entre Paris et Ankara, il a évoqué une présidence «objective, impartiale et équilibrée» à l'égard de la Turquie. «Il faut distinguer la position de la France de celle de la présidence européenne», a-t-il reconnu.

Cette précision était attendue de la part d'une opinion publique turque plus habituée à recevoir des signaux négatifs que positifs de la part de Paris, notamment depuis l'élection de Nicolas Sarkozy. La semaine dernière encore, le chef de l'Etat français a rappelé son opposition à l'entrée de la Turquie dans l'UE, «pour une simple raison: elle n'est pas européenne». Nicolas Sarkozy a aussi déclaré qu'il souhaitait maintenir un référendum sur l'adhésion d'Ankara.

Au niveau diplomatique, les propos de Jean-Pierre Jouyet ont été assez bien accueillis. «Il est évident que ces garanties sont importantes à nos yeux», a affirmé Ali Babacan. Le ministre turc des Affaires étrangères, qui espère une «présidence française normale et sans entrave», a insisté sur l'objectif unique d'Ankara: l'adhésion pleine et entière.

«Aucun piège»

Dans ce cadre, la question de l'Union pour la Méditerranée, défendue par la France mais soupçonnée par la Turquie d'être «un lot de remplacement» à son adhésion au sein de l'UE, a bien sûr été débattue. «C'est un projet européen qui n'interfère pas dans les relations entre l'UE et la Turquie, a précisé Jean-Pierre Jouyet. Il n'y a aucun piège pour la Turquie.» Preuve toutefois de l'incrédulité turque sur ce point, Ali Babacan a évité de confirmer la présence de son pays, au plus haut niveau, lors du lancement de cette Union, le 13 juillet à Paris. Sinan Ulgen, spécialiste des affaires européennes, interrogé par chaîne de télévision CNN Türk, estime que ce «Club Med» - comme l'ont baptisé ses détracteurs - possède un «potentiel négatif» pour les relations entre Paris et Ankara, surtout si la France décide d'imposer un référendum sur la question de l'adhésion turque. «Une Union pour la Méditerranée sans la Turquie serait un projet mort-né.»