La France est dans une sorte d’état de siège. La République a besoin d’être sauvée. Les partis politiques doivent être réinventés. Tout cela, sous le patronage confus, mais vibrant, du général de Gaulle, de l’esprit de la résistance, de Lamartine, de Victor Hugo et des soldats de l’an II.

En une heure vendredi soir à Paris, pour son premier meeting dans la capitale depuis son retour en politique fin septembre, Nicolas Sarkozy a donné un «show» digne d’un télévangéliste, rameutant références historiques et envolées lyriques. «A-t-on jamais vu la France dans cet état? Avons-nous jamais connu une telle colère? Avons-nous jamais connu un tel climat de défiance?» Le ton était donné d’emblée, face à près de 3000 sympathisants prompts à scander son prénom. Avec une réponse, martelée plusieurs fois: «Le nouveau clivage politique est là: liquider le modèle républicain ou le reconstruire!»

La stratégie de celui qui n’est, pour l’heure, que candidat à la présidence de l’UMP dont le congrès aura lieu le 29 novembre? Contourner son propre parti qu’il a promis, en cas de victoire, de débaptiser et de refonder. Se poser en rassembleur. Se placer, d’emblée, au-dessus de ses rivaux et surtout de François Hollande, dont il n’a jamais cité le nom, malgré son émission de télévision de la veille, sauf pour le rendre responsable du «naufrage du pays». Tisser, surtout, une toile dans laquelle son entourage espère bien voir s’empêtrer celle que tous les sondages donnent comme l’opposante numéro un à l’actuel pouvoir socialiste: Marine Le Pen. Moult références à la nation dans le discours sarkozyste, attaque frontale contre la décision récente de laisser les mères voilées accompagner leurs enfants lors des sorties scolaires, réaffirmation de l’identité chrétienne de la France.» Rassembler? C’est construire le parti de la France […] un mouvement politique où l’on viendra non pour soi, mais pour les autres. Un mouvement capable aussi de parler à tous ceux qui rejettent la politique».

Plutôt que d’avancer sur le terrain des idées précises et des réformes, comme prétend le faire son ancien premier ministre François Fillon, l’ancien chef de l’Etat parle comme s’il avait déjà remporté la victoire à l’UMP, et comme s’il était déjà certain des deux prochains duels: le premier avec Alain Juppé, héritier de la tradition gaulliste remaniée par Jacques Chirac, lors de primaires à droite qu’il appelle désormais de ses vœux avec entrain. Le second avec la présidente du Front national, que tous les sondages créditent d’une place au second tour de la présidentielle.

Aucune place, ou si peu, pour l’économie. Un appel à une «Europe qui exerce moins de compétences», où la «libre circulation ne doit pas être sans condition et sans limite». Aucune mention des livres politiques publiés ces jours-ci, qui décrivent avec force détails ses bordées de propos virulents contre ses adversaires et ses ex-ministres ou collaborateurs, depuis sa défaite de juin 2012. A Paris hier soir, Sarko 2 n’a même fait aucune référence à son quinquennat. Comme s’il n’avait jamais été président… de cette fameuse République.