Paris vit décidément à l'heure chinoise. Après avoir fêté dans ses rues le début de l'année du Singe, elle porte son enthousiasme à Bruxelles en appuyant avec force l'idée de lever l'embargo européen sur les armes à destination de la Chine. Du côté chinois, la demande est pressante.

Heureuse coïncidence pour Paris et Pékin, ou simple hasard du calendrier, le jour même où le président chinois arrivait en visite officielle dans la capitale française, les ministres européens des Affaires étrangères évoquaient à Bruxelles une possible levée de cet embargo, imposé au lendemain du massacre de Tiananmen et ce pour une durée illimitée.

Pour Dominique de Villepin, l'affaire est claire: la Chine est pour l'Europe un «partenaire privilégié» qui occupe une «place majeure et responsable» dans le système des relations internationales. «Cet embargo, estime le chef de la diplomatie française, relève d'un état dépassé des relations entre l'Union européenne et la Chine». Paris rappelle que la Chine participe déjà à un projet «aussi stratégique» que le système européen de navigation par satellite Galileo, et qu'un «code de conduite» surveille les ventes d'armes des membres de l'Union. D'autres soulignent que Pékin est, après les Etats-Unis, le troisième partenaire commercial de l'UE. Le camp français compte rallier rapidement ses pairs. D'ici à mars, explique un diplomate qui estime que le sentiment «d'anachronisme» autour de l'embargo «monte quand même» parmi les Quinze.

Les ministres européens ne partagent pas unanimement l'enthousiasme français. Le Belge Louis Michel a rappelé à ses collègues que l'embargo avait été imposé «à cause de la position chinoise en matière de droits de l'homme». Il estime donc qu'il «devrait être levé sur les mêmes bases» et attend des «gestes de bonne volonté de la part de Pékin». Les pays nordiques et les Pays-Bas y sont très opposés et avertissent qu'ils ne parviendront pas à vendre l'idée à leurs parlements ou à leurs opinions publiques.

Quant aux parlementaires européens, ils jugent la proposition «scandaleuse» – pour reprendre l'expression utilisée à la fois par le Vert Daniel Cohn Bendit et le libéral Graham Watson – et estiment que l'Union y perdrait son seul moyen de pression sur Pékin. Mais l'Allemagne, qui a pour projet de vendre une usine de plutonium à la Chine, pourrait se montrer flexible face aux propositions de Paris qui, de son côté, multiplie les coopérations dans le domaine du nucléaire civil avec Pékin.