L'horlogerie suisse est, cette fois, en retard. Au coin de la rue du faubourg Saint Honoré (celle de l'Elysée) et de la Rue Royale qui mène à la Madeleine, la boutique Audemars Piguet était presque la seule, ce dimanche matin 9 décembre, à rester fermée à double tour derrière une palissade de bois érigée pour la protéger de la révolution des «gilets jaunes».

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Boulevards nettoyés

Images improbables que celles de Paris, au lendemain de la quatrième journée de mobilisation anti-Macron. Dans la nuit, les boulevards ont été nettoyés. Les mobiliers urbains et les scooters incendiés ont été repoussés sur les trottoirs, dans l'attente de bennes pour les évacuer. Le mur de contreplaqué qui protégeait la veille les grands magasins, Printemps et Galeries Lafayette inclus, ont disparu à l'aube. Les camions des menuisiers sont garés comme, le jour précédent, ceux des forces de l'ordre. On enfourne les plaques de bois géantes après les avoir dévissées. On astique les devantures vitrées. A Paris, la révolution n'a lieu que le samedi!

Même spectacle sur les Champs Elysées. La veille, nous avions suivi ici même, prés du Lido, des «gilets jaunes» lorrains résolus à mettre Macron «le dos au mur». Personne, sauf après avoir été dûment contrôlé et palpé par les forces de police, ne pouvait accéder à l'avenue, théatre d'une flambée de violences sans pareil le 2 décembre. Rien de tel une semaine plus tard. Il est 8 heures. L'immense magasin Louis Vuitton déverrouille ses grilles. Des charpentiers retirent, un par un, les énormes clous qui tenaient les grandes planches arrimées devant le magasin Hugo Boss. La boutique Nespresso, elle, a été l'une des premières à rallumer ses lumières. Un peu plus haut en revanche, au pied de l'Arc de Triomphe, le Drugstore Publicis panse à nouveau ses plaies. Sa façade de verre a été broyée. Ici, les ouvriers s'affairent pour installer un toit de fortune sur la salle de restaurant exposée à tout vent.

Quitter les métropoles le samedi

Les «gilets jaunes» veulent moins de taxes, plus de pouvoir d'achat, et plus de considérations de la part du pouvoir politique. Ils parlent de «révolution» et évoquent déjà leur retour dans les rues, samedi prochain, dans toutes les grandes villes de France. Etonnant spectacle que celui d'une révolte agendée sur une journée. Comme si les métropoles françaises avaient, chaque samedi, un rendez-vous fatal avec ce peuple «périphérique»  qui les jalouse et ne supporte plus leur domination commerciale. Avis aux touristes et aux visiteurs étrangers: la France revit à peu prés normalement le dimanche matin. Pour le samedi, optez pour la campagne, la montagne ou les bords de mer tranquilles !