Le premier ministre français, Jean-Pierre Raffarin, a lancé jeudi un appel aux ravisseurs de la journaliste Florence Aubenas, enlevée en Irak le 5 janvier, réaffirmant son opposition à toute initiative «parallèle» dans cette affaire. S'adressant pour la première fois aux ravisseurs de la journaliste de Libération, enlevée avec son guide irakien Hussein Hanoun al-Saadi, M. Raffarin a lancé: «Je veux (leur) dire, s'ils m'entendent, que la France demande la libération rapide de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun.»

«Si les ravisseurs veulent engager des discussions, qu'ils s'adressent aux seuls services officiels de la France», a-t-il insisté, faisant allusion aux velléités d'un député, Didier Julia, de mener sa propre médiation. «Ce sont les services officiels français qui sont les seuls habilités à mener les contacts nécessaires. Il n'y a aucune diplomatie parallèle. Aucune officine n'est autorisée à parler sur ce dossier comme sur les autres au nom de la France», a poursuivi le chef du gouvernement.

Cité trois fois

«Le parlementaire (Didier Julia) demande à agir de manière indépendante, avec ses propres moyens, en parallèle, ce qui est inacceptable», a-t-il insisté. M. Raffarin a affirmé qu'il n'y avait «pas d'élément nouveau, concret» apporté par M. Julia dans cette affaire, lors de son audition le jour même par le chef des Services de renseignement français (DGSE).

Personnalité controversée, élu du parti au pouvoir UMP, se targuant d'avoir de nombreux contacts avec les anciens dirigeants irakiens et le pouvoir syrien, M. Julia avait demandé jeudi matin au gouvernement qu'il rende leur liberté d'action à ses collaborateurs, pour lancer sa propre médiation. Cité trois fois par Florence Aubenas dans la vidéo diffusée mardi par les télévisions, M. Julia avait en septembre dernier, avec ses collaborateurs Philippe Brett et Philippe Evanno, mené une tentative avortée de libération de deux autres journalistes otages, Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ces derniers ont été libérés en décembre après plus de quatre mois de captivité.

Dans la vidéo diffusée mardi, Florence Aubenas déclarait: «J'en appelle particulièrement à M. Didier Julia, le député français. S'il vous plaît M. Julia, aidez-moi. C'est urgent. M. Julia. Aidez-moi.» Certains journaux français se sont montrés critiques à l'égard de M. Julia, lui reprochant, à l'instar du directeur de Libération, de ne pas avoir encore lancé d'appel aux ravisseurs «qu'il prétend connaître». Plusieurs titres émettent aussi l'hypothèse d'une implication de la Syrie dans cet enlèvement, alors que la France réclame aux côtés des Etats-Unis le retrait des troupes syriennes du Liban.