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François Hollande lors de son discours au palais présidentiel de Papeete, en Polynésie, le 22 février 2016.
© STEPHANE DE SAKUTIN

France

Paris soulève le couvercle sur les essais nucléaires en Poynésie

François Hollande reconnaît l’impact des essais nucléaires dans le Pacifique, sans aller au-delà de la politique d'indemnisation de ses prédécesseurs

«En France aujourd’hui, il reste impossible d’aller plus loin. Malheureusement…» Au téléphone, le père Auguste Carlson nuance les réactions positives, en Polynésie, à la reconnaissance lundi par François Hollande «de l’impact environnemental […], des conséquences sanitaires […] et des bouleversements sociaux» provoqués dans ces îles du Pacifique par trente années d’essais nucléaires sous-marins effectués par la France entre 1966 et 1996. Président de l’association 193 qui défend les victimes de ces expérimentations militaires dans les atolls de Mururoa et Fangataufa, ce prêtre catholique attend toujours de vraies excuses de l’Etat et une reconnaissance des dommages causés aux populations insulaires. «Des milliers d’habitants ont été pris en otage et exposés aux radiations, explique-t-il. Ils n’étaient pas en mission, comme les experts et les soldats. Ce qu’ils réclament, c’est une indemnisation sur mesure, pas une somme pour refermer le couvercle. Or on reste dans la logique de l’argent pour acheter le silence.»

La déception de cet activiste n’est pas étonnante. Bien que saluées par la presse française, les déclarations du Chef de l’Etat n’ont pas ébranlé ce qui demeure un tabou absolu: la responsabilité directe de la France dans les multiples maladies liées aux essais nucléaires, une politique justifiée par la nécessité de moderniser la force de frappe. La promesse de François Hollande de «sanctuariser» la dette nucléaire – cette dotation annuelle d’environ 80 millions d’euros instaurée par Jacques Chirac pour compenser les pertes économiques liées au démantèlement du centre d’essais – a donc rassuré sans panser les plaies. Lesquelles, notent les bons connaisseurs de la Polynésie, méritent aussi examen. Mille demandes d’indemnisation sont en attente mais «les essais nucléaires ont aussi nourri cette population en donnant des emplois; en finançant des infrastructures; en payant ici des bourses d’études et là des projets socio-économiques», explique le député PS de l’Aisne René Dosières, qui a longtemps examiné de près les budgets de ce Territoire d’outre-mer, réputé pour sa corruption rampante.

Le discours de François Hollande sur les essais nucléaires était le moment le plus attendu de sa visite en Polynésie, où les luttes au couteau entre l’ancien patron du territoire Gaston Flosse et son successeur Edouard Fritsch, rythment toujours la vie politique. Il prouve toutefois combien il reste difficile de s’attaquer au lobby de l’atome, militaire ou civil, cinq ans après la catastrophe de Fukushima au Japon (mars 2011) et trente ans après celle de Tchernobyl en Ukraine (avril 1986). D’autant que dans cette partie du Pacifique, la question des essais reste indissociable des revendications indépendantistes. En 2013, la France avait dénoncé comme une «ingérence flagrante» la décision de l’Assemblée générale des Nations unies qui avait placé la Polynésie Français sur la liste des territoires à décoloniser. Les essais nucléaires, imposés aux Polynésiens par Paris, étaient désignés par ces derniers comme la preuve d’un «traitement colonial».

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