(Paris) Dans les rangs socialistes, une peur de dernière minute est palpable malgré les derniers sondages toujours nettement positifs pour François Hollande. Des craintes alimentées, avec force déclarations, par le camp Sarkozy…

Ils sont déjà arrivés. Rue de Solferino, devant le siège du Parti socialiste, une centaine de militants se massent déjà devant les écrans géants qui retransmettront, ce soir, les résultats du premier tour. D’autres se sont installés place de la Bastille, où toute une série de vedettes dont Yannick Noah ont prévu de converger en cas de victoire de François Hollande pour une répétition du 10 mai 1981. Mais dès les premières phrases, la tension est perceptible. Crainte d’attirer le mauvais sort sur le scrutin. Crainte d’avoir mésestimé la mobilisation de la «France silencieuse» sur laquelle compte tant Nicolas Sarkozy pour passer dans le «trou de souris» qui, selon lui, peut encore lui permettre de gagner. «Le pire, ce serait un résultat indisponible à 20 heures, lâche Laetitia, une permanente du PS. Pour Sarko, ce serait déjà une forme de victoire».

Manuel et Thierry, deux machinistes affairés à monter les estrades qui seront déployées à partir de 19 heures sur la place de la Bastille s’inquiètent aussi. Tous deux ont reçu une volée de sms et scrutent les écrans de leurs téléphones portables. Sur l’un, les premiers résultats de l’outre-mer. Sur l’autre, des nouvelles en provenance de la province où les sections UMP redoubleraient d’efforts pour mobiliser la tranche d’âge la plus favorable au président sortant: les plus de 65 ans, soit presque… un électeur sur trois! Puis l’on échafaude les scénarios: une remontée de dernière minute de Nicolas Sarkozy, l’impossibilité de communiquer les résultats dès 20 heures, le risque de la redoutable «marge d’erreurs», responsable de la mauvaise anticipation du vote Front National au premier tour, par les instituts de sondage. Bref, la peur du chaos électoral, de la soirée gâchée quand tout paraissait si bien parti. «J’en connais qui se mettent à prier» rigole une militante socialiste d’une famille catholique. Prier pour qui? Pas de réponse.

Ce syndrome a un nom: la Floride en 2000. Souvenez-vous: George Bush donné battu, puis finalement victorieux face à Al Gore. L’interminable suspense post-électoral, un pays fracturé. Les spécialistes, contactés par téléphone ou via Tweeter, nuancent. Oui, il est possible que les TV ne puissent pas donner dès 20 heures les résultats. Oui, le risque de la marge d’erreur est réel entre les premières «sorties des urnes» et le score réel des deux candidats. Mais pas d’effet «Floride». «A partir de 21-22 heures, on connaîtra à coup sûr le nom du vainqueur» risque un sondeur, désireux de rester anonyme compte tenu des interdictions légales. Nicolas Sarkozy, en tout cas, a pris les devants. Samedi, il a encore redit à son équipe de campagne que tout se jouera «sur le fil du rasoir». Ces relais en province se sont activés. Objectif: dire aux militants UMP de ne rien céder, de se battre jusqu’au bout, de rameuter le moindre électeur. «C’est une question d’honneur explique un responsable socialiste. Sarko veut, au pire, perdre d’un cheveu. Il veut démontrer que même en cas de défaite, il était indiscutablement le meilleur candidat pour son camp».

Un téléphone sonne. Il est 15h30. Des journalistes échangent leurs infos. Ils confirment. Le président sortant veut y croire. Il peste contre ceux qui, au sein de sa propre famille politique, ont douté et doutent encore. «Jusqu’à ce matin, il s’est lâché contre les médias, contre les élites, contre tous ceux qui, d’après lui, veulent tourner la page et faire croire aux Français que c’est joué». Il y a eu aussi ces paroles, cette référence à la Floride et au fait qu’en cas de résultats très (trop) serrés, le locataire de l’Elysée tiendra ferme. Jusqu’au bout. Info? Intox? «Encore une manœuvre de ceux qui veulent le faire passer pour un mauvais joueur, un non démocrate» râle Alain, un électeur du président sortant attablé dans un restaurant proche de la rue de Solferino. Alors? «Sarkozy est un combattant. Le meilleur. Il ne se déclarera battu que… s’il est battu» poursuit-il, en conversant avec des amis prêts, en cas de surprise, à converger vers la place de la Concorde voisine pour fêter leur héros. Comme en 2007. Sauf que cette fois, le camp Sarkozy s’est gardé de grands préparatifs au pied des Champs-Elysées.