Le Parlement du Venezuela, dominé par l'opposition, a dénoncé dimanche 23 octobre un «coup d'Etat commis par le régime de Nicolas Maduro» après la suspension du processus de référendum révocatoire contre le chef de l'Etat.

Au cours d'une séance houleuse de quatre heures, suspendue pendant 45 minutes à la suite de l'irruption dans l'hémicycle de partisans de Nicolas Maduro, le Parlement a appelé les citoyens vénézuéliens et la communauté internationale à défendre la démocratie.

Dans une résolution, l'Assemblée nationale a convenu de «déclarer la rupture de l'ordre constitutionnel et l'existence d'un coup d'Etat commis par le régime de Nicolas Maduro».

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Elle invite par conséquent «le peuple du Venezuela à la défense active de notre (Constitution) jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel» et «sollicite la communauté internationale pour activer des mécanismes» susceptibles de ramener la «démocratie» dans le pays.

Une session est prévue mardi

Les forces armées sont également priées de «ne pas obéir ou exécuter quoi que ce soit de contraire à la Constitution».

La séance extraordinaire a été perturbée par l'irruption de groupes chavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, prédécesseur et mentor de Nicolas Maduro). Il y a eu des bousculades, des coups et des insultes, quelques personnes ont été légèrement blessées.

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Les députés ont convoqué pour mardi une session pour «déterminer la position constitutionnelle du président», qu'ils accusent d'avoir une double nationalité, vénézuelienne et colombienne, ce qui ne lui permettrait pas d'assurer ses fonctions.

Le Conseil national électoral (NCE) avait annoncé jeudi soir qu'il reportait sine die «le processus de collecte (des signatures), prévu la semaine prochaine», en vue d'un référendum révocatoire à l'encontre de Nicolas Maduro.

Dernière étape pour l'opposition

Il s'agissait là de la dernière étape pour l'opposition de centre droit, regroupée autour de la Table pour l'unité démocratique (MUD) et majoritaire au Parlement, avant de pouvoir organiser un tel référendum contre le chef de l'Etat socialiste. L'opposition avait vivement protesté contre la décision de la CNL.

L'Assemblée nationale a décidé dimanche de «procéder de façon immédiate» au remplacement des autorités du NCE et du Tribunal suprême de Justice, que l'opposition considère comme étant alliés de l'exécutif.

La MUD accuse Nicolas Maduro d'être responsable du naufrage économique de ce pays pétrolier asphyxié par la chute des cours du brut, son unique richesse.

Maduro dit assumer ses responsabilités

Les Vénézuéliens sont confrontés à des files d'attente interminables dans des magasins de plus en plus vides, à une inflation estimée par le FMI à 475% cette année puis 1660% en 2017 et une criminalité parmi les plus élevées au monde.

Actuellement en tournée au Moyen-Orient, où il tente d'obtenir des accords pour une hausse des prix du pétrole, Nicolas Maduro a déclaré à la télévision officielle vénézuélienne, depuis l'Arabie saoudite, qu'il assumait «(ses) responsabilités constitutionnelles devant l'Etat et le gouvernement».

Plusieurs députés ont dénoncé dimanche une «dictature» dans le pays. «Le peuple a le droit de se révolter (...) Un coup d'Etat permanent s'est produit au Venezuela, qui a culminé avec le vol du vote du référendum», a accusé le chef du bloc de l'opposition, Julio Borges.

«Rupture démocratique»

Luis Florido, chargé de la politique étrangère à l'Assemblée nationale, a indiqué que les responsables de la MUD se rendraient à Washington pour demander à ce que l'Organisation des Etats américains (OEA) applique au Venezuela la charte démocratique interaméricaine, qui prévoit des sanctions en cas de rupture démocratique.

Le secrétaire général de l'OEA, Luis Almagro, avait déjà estimé vendredi que le Venezuela était en pleine «rupture démocratique» après la suspension du processus de référendum.

«Comment pouvez-vous dire que règne une dictature au Venezuela si vous avez pu gagner des élections?», a lancé pour sa part la députée pro-gouvernementale Tania Diaz, qualifiant la session du Parlement de «reality show».

Douze pays de l'OEA, dont l'Argentine, le Brésil, l'Uruguay, la Colombie, le Mexique, le Chili et le Costa-Rica, ont exprimé leur «préoccupation» devant la crise vénézuélienne et ont appelé le gouvernement au dialogue.