L’obstacle est connu: «Notre objectif prioritaire doit être de rendre la vie parlementaire européenne plus attrayante a reconnu, dès son élection mardi à Strasbourg, le nouveau président du Parlement européen Jerzy Buzek. Il nous faut davantage montrer l’importance des débats en Commission, où se déroule l’essentiel du travail. Il nous faut aussi être plus offensifs: par exemple en invitant les Commissaires européens à venir répondre à nos questions. Pour que nos concitoyens comprennent ce qui se passe réellement ici».

La volonté du nouveau président de l’Europarlement, issu d’un nouveau pays membre et témoin, vingt ans après la chute du mur, de l’Europe réconciliée, est partagée par l’ensemble des élus, à l’exception des eurosceptiques partisans, eux, de limiter au maximum les prérogatives de l’assemblée de Strasbourg.

«Notre meilleure arme est l’opinion publique témoigne un eurodéputé français. Nous sommes, dans le cadre de nos fonctions, en contact permanent avec les électeurs. Plus nous leur rendrons des comptes, plus nous pourrons nous appuyer sur eux». Un vœu compliqué, néanmoins, par la faible participation aux Européennes organisées du 4 au 7 juin à travers l’Union: 43,1% en moyenne au sein de l’UE et seulement… 24,5% en Pologne, le pays de M. Buzek.

Argument logique, le nouveau patron des 736 eurodéputés a plaidé pour une entrée en vigueur rapide du Traité de Lisbonne, qui sera soumis le 2 octobre pour la seconde fois aux électeurs Irlandais. Le texte – qui élargira, s’il entre en vigueur, les domaines dans lesquels l’assemblée dispose d’un pouvoir de codécision avec les Etats-membres – sera en effet un atout de poids pour les élus qui comptent aussi, pour peser sur l’Union, s’engouffrer dans la brèche ouverte par la crise financière. Une commission temporaire sur la crise a ainsi été créée. Elle sera présidée par le libéral Allemand Wolf Klinz, et son rapporteur ne sera autre que la socialiste française Pervenche Bérès, connue pour ses attaques contre les paradis fiscaux.

Mais l’un des moyens les plus sûrs de se faire entendre, prédisent les vieux routiers du parlement de Strasbourg, restera la phase de nomination et d’audition de la Commission Européenne, entre début septembre et fin octobre, date d’expiration du mandat de l’actuel collège.

Obligés d’avaliser la candidature à sa réélection du président sortant de la Commission, José-Manuel Barroso (soutenu à l’unanimité par les vingt-sept Etats membres), une bonne partie des députés socialistes et libéraux, ainsi que les Verts ont juré de passer ce dernier «sur le grill» avant le vote de son investiture, retardée à l’automne. Les opposants les plus virulents à l’ancien premier ministre portugais, comme le coprésident du groupe Vert Daniel Cohn-Bendit, exigent, eux, que ce vote intervienne après le second référendum Irlandais pour respecter la cohérence institutionnelle, et effectuer toutes les futures nominations sous le même régime. Une démarche logique maintenant que la décision de ne pas l’élire dés juillet a été prise.

Résultat: d’aucuns prédisent de rudes passes d’armes politiques au sein des commissions parlementaires, devant lesquelles les candidats Commissaires désignés par les Etats membres devront plancher. L’ancien ministre de l’agriculture et eurodéputé UMP Français Michel Barnier, qui pourrait rejoindre le collège avec la charge du marché intérieur, a dès mardi insisté sur ses compétences économiques et financières pour convaincre ses détracteurs. Tandis que l’ancienne juge Eva Joly, désormais parlementaire d’Europe Ecologie, a promis de «poser les questions qui fâchent sur les détournements de l’aide communautaire» si elle obtient, comme annoncé, la présidence de la Commission Développement, qui audite notamment les budgets alloués à la coopération. Des débuts très offensifs, de part et d’autre