Les politiques, les financiers, les marchés, mais aussi les oiseaux de mauvais augure. Mercredi après-midi, tous les regards étaient braqués sur le parlement grec pour suivre l’un des épisodes les plus dramatiques de la récente histoire européenne. Telle une épée de Damoclès, Bruxelles menaçait de ne pas verser la cinquième tranche de 12 milliards d’euros de son plan de sauvetage de 110 milliards d’euros si Athènes n’adoptait pas un second plan d’austérité. Un cas de figure qui aurait sans doute provoqué un défaut de paiement de la Grèce et une crise majeure de la zone euro et de l’Union européenne.

Après un interminable vote nominatif des parlementaires grecs filmés par les télévisions, le verdict est tombé: 155 voix pour sur les 300 députés que compte l’hémicycle. L’Europe pousse un grand soupir de soulagement. Le président du Parlement européen, Jerzy Buzek, parle de vote «historique». Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schaüble, salue le législatif grec qui a «prouvé qu’il était conscient de ses responsabilités pour le pays et pour la zone euro».

Techniquement, le parlement grec doit encore adopter ce jeudi la loi d’application du second plan d’austérité. Celui-ci, élaboré par les Grecs en collaboration avec l’UE et le Fonds monétaire international, prévoit 28 milliards d’euros d’économies supplémentaires d’ici à 2015, dont 6,4 milliards pour 2011. Il préconise aussi la privatisation de plusieurs entreprises d’Etat comme les télécommunications, les ports, les aéroports, des banques et la poste, qui devraient rapporter quelque 50 milliards d’euros. Le processus est censé ouvrir la voie à une aide supplémentaire de Bruxelles de près de 100 milliards d’euros. Les ministres européens des Finances de la zone euro en débattront le 3 juillet.

Pour le premier ministre socialiste (Pasok), c’est une deuxième victoire en quelques jours. Il avait déjà obtenu la confiance la semaine dernière après un remaniement ministériel. Né aux Etats-Unis, héritier d’une famille qui a dominé la scène politique après 1945 et après la dictature des colonels qui s’est achevée en 1974, Georges Papandréou a dû s’adapter au durcissement du climat politique. Confronté à une mini-rébellion au sein du Pasok, il s’est débarrassé de son ministre des Finances, Georges Papaconstantinou. Peu dogmatique, formé à la social-démocratie suédoise pendant des années, le premier ministre a dû se résoudre à nommer à la tête du ministère phare de la Grèce, les Finances, son principal ennemi au Pasok pour la direction du parti en 2007, Evangélos Venizélos. Il a aussi dû renoncer à former un gouvernement d’unité nationale face au refus du principal parti d’opposition, Nouvelle Démocratie.

L’acte de «responsabilité» commis par le parlement grec n’a toutefois pas occulté la forte résistance de la rue grecque. Avant le vote des parlementaires, des centaines de personnes ont commencé à se rassembler sur la place Syntagma, devant le parlement, dès 7 heures du matin. Plus tard dans la journée, des heurts violents ont éclaté entre des contestataires cagoulés et les forces de l’ordre qui ont utilisé des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. Des casseurs s’en sont pris à des banques. Un député a été blessé par des projectiles. Avec le renforcement des mesures de rigueur, le climat social délétère n’est pas près de s’apaiser. De nombreux impôts vont augmenter, les critères d’attribution des allocations sociales, dont le chômage, vont se durcir.

Ecrasée par une dette de 350 milliards d’euros, la Grèce doit relever le formidable défi d’abaisser à 1% du PIB le déficit budgétaire en quatre ans (10,5% à fin 2010). Dans une tribune libre publiée dans le New York Times , Jacques Attali, ex-président fondateur de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, juge désormais absurde de ne se soucier que de chiffres. «La crise financière grecque n’est plus grecque, ni financière. C’est une crise politique de toute l’Europe. Sa résolution n’est plus financière, mais politique.»

Cet ex-conseiller du président français François Mitterrand est catégorique. La Grèce ne paiera jamais ses dettes. Ce n’est pas en faisant sortir la Grèce de la zone euro que la crise se résoudra. Cela mettrait le système bancaire européen à genoux. Et Jacques Attali d’énumérer les erreurs commises par l’Europe à l’égard de la Grèce, dont celle d’avoir laissé Athènes falsifier ses statistiques lors de son entrée dans l’euro en 2001 et accroître sa dette démesurément alors que les fondamentaux de son économie étaient faibles.