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Le Parlement panafricain prié de se reprendre en mains

Pour l’heure consultative, l’Assemblée de l’Union africaine, en session jusqu’au 5 novembre, devrait être dotée de vrais pouvoir législatifs. C’est le souhait du président sud-africain Jacob Zuma, lequel est aussi bailleur de fonds. Mais le Parlement devra d’abord surmonter ses problèmes internes.

Séance annonciatrice d’un réveil ou assemblée de la dernière chance? Depuis lundi, le Parlement panafricain tient la première session ordinaire de sa deuxième législature. Celle-ci durera jusqu’au 5 novembre. Dans un climat tendu, entre les espoirs placés dans cette institution et les critiques récurrentes concernant son fonctionnement.

Créé en 2004, le Parlement panafricain (PAP) constitue l’assemblée consultative de l’Union africaine, qui compte 53 pays membres. Chaque nation délègue cinq représentants, lesquels sont organisés par caucus régionaux. Les sessions, à l’image de celle qui se tient ces jours, rassemblent le plénum. Le PAP est basé à Midrand, à une vingtaine de kilomètres de Johannesburg. L’Afrique du Sud prend en charge les frais de fonctionnement.

Sur le site du PAP, ses responsables indiquent que «la création du Parlement Panafricain est fondée sur l’idée de donner une plateforme commune aux peuples Africains et leurs organisations de masse afin qu’ils soient plus impliqués dans les débats et prises de décisions concernant les problèmes et défis auxquels le continent est confronté». Ils ajoutent: «Les parlementaires panafricains représentent tous les peuples d’Afrique. L’ultime objectif du Parlement panafricain est de devenir une institution jouissant de tous les pouvoirs législatifs et dont les membres sont élus au suffrage universel.»

C’est précisément dans cette perspective que Jacob Zuma, le président sud-africain, a abordé le futur du PAP, lors de son discours inaugural, lundi. Cité par l’AFP, Jacob Zuma a indiqué que «nous restons déterminés à transformer le Parlement panafricain en institution dotée de réels pouvoirs législatifs, avec des membres élus au suffrage universel». D’ici là, «la nouvelle équipe a beaucoup de sujets lourds à prendre en compte pendant son mandat», notamment les questions de «paix, de stabilité, de droits de l’Homme et de démocratie. […] Si ces sujets ne sont pas mis au débat, ce Parlement n’a pas vraiment de raison d’exister».

L’Agence de presse sénégalaise, qui suit de près cette session, note que Jacob Zuma a aussi estimé qu’il «fallait harmoniser les lois, les politiques, les adapter aux niveaux nationaux pour promouvoir l’unité, le vouloir de vie commune des peuples africains».

Le message est à peine voilé: si les députés du PAP veulent devenir de vrais parlementaires, ils devront empoigner les questions lourdes. Et l’Union africaine devra les écouter. L’AFP ajoutait d’ailleurs: «Le PAP est régulièrement critiqué pour ne pas s’attaquer aux sujets qui fâchent. Les rares fois où les parlementaires se sont saisis d’un dossier, comme lors de la crise au Zimbabwe, leurs résolutions n’ont pas été mises en œuvre par la suite.»

Les critiques ne portent pas seulement sur la timidité de l’assemblée. A l’occasion de cette session, RFI rappelle que «l’Afrique du Sud a financé la construction du Parlement et en assume les frais de fonctionnement. En revanche les billets d’avion, les frais d’hébergement et de restauration sont à la charge des Etat membres. L’Union africaine avait dû intervenir en 2007, car certains députés avaient pris l’habitude de réclamer des remboursements pour des frais engagés en Afrique du Sud en dehors de toutes sessions officielles.»

En juin dernier, lors de l’accession du Tchadien Idriss Ndele Moussa à la tête du Parlement, le portail linternationalmagazine.com relevait aussi que «depuis sa création, le Parlement panafricain s’est surtout fait remarquer sur les questions relatives à l’octroi d’indemnités financières exorbitantes à ses «afro-députés», au point d’obliger la Conférence des chefs d’Etat de l’UA de janvier-février 2009 à le rappeler à l’ordre. A ce sujet, Ndele Moussa aurait fait savoir à Jean Ping [le président de la Commission de l’Union africaine, ndlr] et aux Commissaires son intention de redonner de la crédibilité à cet organe législatif ignoré des Africains, aux compétences douteuses et au budget de fonctionnement colossal.»

Le constat est corroboré par un rapport produit par un comité d’auto-évaluation du Parlement, rendu public ce mardi 27 octobre, et évoqué par Le Quotidien d’Abidjan: «Au terme de ses investigations, le comité dirigé par l’honorable Chief Charumbira, qui représentait l’Afrique australe dans cette mission d’audit, a révélé d’énormes dysfonctionnements dans les différents domaines concernés. Les maux relevés dans ce rapport de 46 pages sont, entre autres, la mal gouvernance dans la gestion institutionnelle, administrative et financière du PAP. Ce qui a entraîné «la dégradation délibérée des rapports entre le PAP et les autres organes de l’UA et la perte de confiance des partenaires au développement». Au titre des recommandations, le rapport a donc préconisé d’«instituer la transparence comme principe de gestion», et de mettre les textes et les pratiques du PAP en conformité avec ceux de l’UA. Ceci, afin d’atteindre l’objectif final qui est de «bâtir une institution solide dans la perspective d’un parlement ayant des pouvoirs législatifs».»

Il y a encore du chemin. Mais cette session du PAP a déjà un effet bénéfique… pour les journalistes. L’agence de presse Gabonews nous apprend qu’avec, entre autres, le soutien de la Coopération technique allemande, elle envoie des stagiaires journalistes en formation à Midrand: «Sous le thème «Reportage dans le contexte parlementaire», ce stage de deux semaines verra la participation d’un panel de jeunes journalistes issus des quatre coins du continent.» En attendant l’avènement d’un parlement au plein sens du terme, la presse forme son propre creuset.

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