Le parlement ukrainien met le cap à l’Ouest

Ukraine Le camp du président Petro Porochenko a largement gagné les législatives

Presque un an après le début des événements de Maïdan, la révolution ukrainienne a fait un nouveau pas en avant, mais cette fois-ci dans les urnes. Les partis pro-européens, qui prônent de profondes réformes structurelles, ont remporté une large majorité, les électeurs leur accordant plus de 70% de la moitié des sièges distribués aux partis selon un système proportionnel.

Ces résultats confirment la stratégie impulsée par Petro Porochenko. Mais le Bloc Porochenko, grand favori dans les sondages, n’émarge qu’à 23% des suffrages. A travers ce succès en trompe-l’œil, c’est une reconfiguration radicale du paysage politique ukrainien qui se profile.

«Invasion russe»

A court terme, le grand gagnant pourrait en être Arseni Iatseniouk, dont le Front populaire talonne la liste présidentielle, avec 21,3%. Le premier ministre, âgé de 40 ans, a acquis une vraie stature en prenant à bras-le-corps les délicats dossiers économiques. Il s’est également distancié de Porochenko en réclamant une stratégie militaire plus agressive à l’égard de ce qu’il appelle «une invasion russe».

La véritable surprise vient du score de la liste d’Andriy Sadovyi, le respecté maire de Lviv (ouest), dont la liste Samopomitch, mot ukrainien signifiant «autosuffisance», obtient 13%. Moderniste et réformateur, l’édile de la plus grande ville de l’ouest a mis en avant des jeunes candidats, des entrepreneurs, des acteurs de la société civile, des activistes de Maïdan ou encore des combattants des bataillons.

Via Samopomitch, mais aussi au travers d’autres nouvelles figures inscrites sur les autres listes, c’est la «génération Maïdan» qui va faire son entrée au parlement et tenter de jouer un rôle de vigie. Selon Maxim Eristavi, journaliste et cofondateur de la télévision indépendante Hromadske International, «les résultats de l’élection constituent une forme de lustration politique bien plus efficace que n’importe quelle législation».

S’il n’obtient pas un chèque en blanc, Petro Porochenko, qui devra s’allier à ces forces émergentes, va désormais disposer d’une vraie majorité, car les forces sur lesquelles reposait la Rada depuis dix ans se sont effondrées. Victime collatérale de l’envie de renouveau: Ioulia Timochenko, dont le parti Batkivtchina est réduit à 5,6% et jouera un rôle plus marginal.

Le Bloc d’opposition, issu du Parti des régions de l’ex-président déchu Viktor Ianoukovitch, s’effondre à 8%, même si beaucoup de leurs électeurs traditionnels à l’est n’ont pas voté, et que les sièges distribués par des votes de districts pourraient permettre de recaser des anciens du système. Enfin, «c’est la première fois dans l’histoire de l’Ukraine indépendante que les communistes n’entreront pas au parlement», relève Maxim Eristavi.

Malgré la féroce propagande des médias russes, qui n’ont eu de cesse de dénoncer la «junte fasciste» de Kiev et l’influence de l’extrême droite, les Ukrainiens n’ont en aucun cas cédé au nationalisme radical. Le Parti radical d’Oleh Lyachko, bouffon populiste, s’écrase au décollage, avec 6,4%. Les nationalistes de Svoboda, en baisse, se maintiennent à 6,3%. Quant au groupe paramilitaire radical Pravy Sektor, dont les combattants se battent contre les séparatistes à Donetsk, sa branche politique n’est créditée que de 2,4%.