«Compte tenu de la direction dans laquelle la Chine veut avancer dorénavant […], j’ai l’espoir que vous puissiez aider à arrêter l’ancien président Jiang Zemin.» Adressée au secrétaire général du Parti communiste chinois, le tout-puissant Xi Jinping, la missive contenant cette demande a été transmise la semaine dernière à Pékin et à l’ambassade chinoise à Berne par quatre parlementaires fédéraux et cinq élus du parlement genevois.

Demander au leader chinois de procéder à l’arrestation de son prédécesseur, voilà qui n’est pas banal. «Je me suis souvent montré critique sur les droits de l’homme en Chine et j’ai été relativement dur sur l’accord de libre-échange signé entre la Suisse et la Chine, explique Carlo Sommaruga, conseiller national socialiste et l’un des signataires. Mais là, il s’agit d’une démarche conciliante pour souligner un élément positif d’une Chine qui évolue vers plus de respect du droit des victimes.»

De quoi parle-t-on au juste? Depuis le mois de mai, le procureur général de Chine, la plus haute instance judiciaire du pays, aurait enregistré plus de 130 000 plaintes à l’encontre de l’ancien dirigeant Jiang Zemin. Il est accusé d’avoir orchestré la répression du mouvement religieux Falungong à partir de 1999. Selon les représentants de cette organisation considérée comme une secte dangereuse par le pouvoir chinois, plus de 3800 adeptes ont été torturés à mort. Des témoignages font également état de prélèvement d’organes sur des détenus encore en vie.

Or il semble que l’attitude du pouvoir chinois à l’égard de ce mouvement a évolué. Depuis le 1er mai de cette année, sur ordre du Groupe dirigeant pour approfondir les réformes, placé directement sous la supervision de Xi Jinping, toutes les plaintes émanant de la population à l’égard d’agents du pouvoir doivent être enregistrées puis traitées par les tribunaux en lieu et place des anciens bureaux de plaintes administratifs. Début juillet, un site d’information du Falungong, Minghui, indiquait que 10 972 plaignants avaient obtenu un accusé de réception. Les plaintes de victimes ayant fui la Chine afflueraient aussi de l’étranger, toujours selon l’organisation.

Parmi les signataires de la lettre, envoyée à titre individuel, on trouve les conseillers nationaux Didier Berberat, Ueli Leuenberger et Dominique de Buman, ainsi que le diplomate Jean-Daniel Vigny, spécialiste des droits de l’homme. D’autres initiatives de ce genre ont émané de divers pays ces dernières années, notamment en Espagne. Trois membres du Parlement européen ont écrit en juillet au procureur général de Chine pour les mêmes raisons.

«Ce n’est pas la première fois que des parlementaires suisses soulèvent la question de la répression du Falun Gong, notamment au Parlement fédéral», rappelle May Bakhtiar, l’une des représentantes du mouvement en Suisse. Les informations du Falun Gong, engagé dans une lutte frontale contre le Parti communiste chinois, sont toutefois souvent difficiles à vérifier de manière indépendante. Carlo Sommaruga concède qu’il n’a pas eu le temps de mener ses propres recherches. «Mais j’ai tout lieu de croire que ces informations sont exactes. Je suis en contact avec des représentants du Falun Gong depuis de nombreuses années. J’ai confiance.»

Selon le mouvement, dont le gourou est réfugié aux Etats-Unis, Xi Jinping serait en lutte contre son prédécesseur, dont nombre de proches ont été victimes ces derniers mois d’une vaste campagne anti-corruption. Ces plaintes contre Jiang Zemin, et l’éventuelle entrée en matière de la justice chinoise, pourrait servir son combat.

Carlo Sommaruga, pour sa part, n’a reçu aucune réponse à ses interpellations.