Rendez-vous ukrainien manqué à Genève

Ukraine Les parlementaires russes et ukrainiens dos à dos

Discours incendiaires à la réunion de l’OSCE

Placé sur la liste des sanctions européennes, Sergueï Narychkine, le président de la Douma (la Chambre basse du parlement russe), ne peut plus voyager dans les pays de l’Union. Il entendait donc profiter au maximum de la tribune qui lui était offerte vendredi à Genève lors de l’assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Le proche de Vladimir Poutine a dénoncé la poursuite des bombardements ukrainiens, qui ont, selon lui, causé la mort du délégué neuchâtelois du Comité international de la Croix-Rouge jeudi à Donetsk (lire encadré). Il a accusé l’Ukraine de se livrer à «l’extermination» de la minorité russophone dans l’est du pays. Applaudissements des quelques alliés de Moscou présents dans la salle.

Riposte immédiate de la délégation ukrainienne. «Depuis les accords de cessez-le-feu de Minsk en septembre, plus de 30 soldats ukrainiens ont été tués et notre armée a été visée plus de 1000 fois. Les chars et les mortiers aux mains des séparatistes ne viennent pas de nulle part. Il n’y a pas de paix dans l’est de l’Ukraine, mais le conflit cesserait en deux semaines si la frontière avec la Russie était contrôlée.»

L’enceinte réunit jusqu’à dimanche quelque 200 députés de 50 pays membres de l’organisation. Les parlementaires ont peu de poids dans le fonctionnement de l’OSCE. L’institution héritée de la Guerre froide reste la seule plateforme de dialogue entre les Occidentaux et les Russes. Elle a aussi déployé 250 observateurs dans l’est de l’Ukraine et compte doubler ses effectifs. «Des discussions entre des parlementaires russes et ukrainiens peuvent contribuer à construire la confiance entre les deux pays», avait supplié à l’ouverture de la réunion Didier Burkhalter, qui assure la présidence tournante de l’OSCE.

Peine perdue. Prenant la parole après le président de la Confédération, Sergueï Narychkine a commencé par accuser les Ukrainiens, mais aussi les Polonais et les Américains d’avoir boudé une rencontre qui devait réunir, vendredi autour de la même table, les parlementaires de Kiev et de Moscou. Même message martelé ensuite devant les médias. «Contrairement à certains, nous sommes ouverts au dialogue. J’en conclus qu’il y a un parti de la paix et un parti de la guerre», estime Sergueï Narychkine. «Les parlementaires ukrainiens ne veulent pas s’afficher avec nous, car ils craignent pour leur réélection à la fin du mois d’octobre», lâche un officiel russe. Fin de la démonstration.

Sauf que les choses sont un peu plus compliquées. La réunion du groupe de liaison interparlementaire sur l’Ukraine a été repoussée sur décision de l’OSCE. «Les conditions n’étaient pas réunies», dit laconiquement un porte-parole. «Il faut absolument que cette réunion se tienne d’ici à dimanche à Genève. Autrement, ce serait une faute, un crime», estime le sénateur français Alain Néri. Russes et Ukrainiens ont jusqu’à dimanche pour briser la glace. Sergueï Na­rych­kine, lui, est déjà reparti.

«Il faut que les parlementaires russes et ukrainiens se parlent d’ici à dimanche. Sinon, ce serait un crime»