Le parquet national antiterroriste (Pnat) français a requis vendredi le maximum prévu, la réclusion criminelle à perpétuité incompressible, à l’encontre de Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos du 13 novembre 2015 qui ont causé la mort de 130 personnes à Paris et Saint-Denis.

Ce sont «des peines lourdes, très lourdes» que va réclamer l’accusation, prévient d’emblée l’avocate générale Camille Hennetier, au terme d’un réquisitoire-marathon porté avec ses collègues Nicolas Braconnay et Nicolas Le Bris.

La plus lourde sanction

À l’encontre de Salah Abdeslam, le seul accusé du box jugé comme co-auteur des attaques jihadistes qui ont «épouvanté» et «sidéré» la France, le ministère public demande la sanction la plus lourde prévue par le code pénal, prononcée à quatre reprises seulement depuis son instauration en 1994.

La perpétuité incompressible rend infime la possibilité pour celui qui y est condamné d’obtenir un aménagement de peine.

Salah Abdeslam n’a pas «renoncé» mais «a bien tenté de faire exploser sa ceinture» le soir des attentats et a «le sang de toutes les victimes sur ses mains», a estimé le Pnat. Le Français de 32 ans, qui «reste convaincu de n’avoir tué personne» et a été «incapable d’exprimer le moindre remords», a adopté «une stratégie de minimisation constante des faits; c’est dire le chemin qu’il lui reste à parcourir», a justifié l’accusation en requérant cette peine rarissime.

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Perpétuité pour les complices

Contre les «complices» des attentats, tous membres d’une même cellule jihadiste dont les commandos étaient «interchangeables», le Pnat a également requis la réclusion criminelle à perpétuité, en demandant que la période de sûreté soit modelée selon leur degré d’implication.

Trente ans de sûreté ont ainsi été réclamés à l’encontre du Suédois Osama Krayem et du Tunisien Sofien Ayari, deux «combattants aguerris» du groupe État islamique qui devaient, selon l’accusation, commettre un attentat à l’aéroport d’Amsterdam le 13 novembre mais ont rebroussé chemin à cause d’un «imprévu».

Leur silence à l’audience ne doit être interprété «que comme un mépris pour votre cour, surtout de la part de deux hommes qui, dans le box, sont ceux qui en savent le plus sur la cellule», a tancé Camille Hennetier.

Le parquet antiterroriste a requis la perpétuité assortie de 22 ans de sûreté contre deux hommes clés, Mohamed Abrini, «l’homme au chapeau» des attentats de Bruxelles qui était aussi «prévu» à Paris mais a renoncé, et le «logisticien» Mohamed Bakkali, «pièce centrale» de la cellule.

Tous ces accusés se sont montrés «incapables de condamner» les attentats, les plus meurtriers jamais commis en France. Pour eux, «les victimes, c’est triste, mais c’est un mal nécessaire, collatéral», a dénoncé l’avocate générale.

D'autres peines demandées

Contre les «opérationnels contrariés», l’Algérien Adel Haddadi et le Pakistanais Muhammad Usman, qui, partis de Syrie, n’ont pu rejoindre à temps l’Europe pour participer aux attentats, le Pnat a demandé la peine maximale encourue de vingt ans de réclusion assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Des peines allant de cinq ans d’emprisonnement à 16 ans de réclusion ont en outre été demandées contre sept autres des accusés jugés depuis septembre par la cour d’assises spéciale de Paris, «impliqués à des degrés divers» dans l’aide apportée à la cellule.

La perpétuité a également été requise pour les cinq commanditaires et logisticiens présumés morts en Syrie et jugés par défaut, dont Oussama Atar, le «cerveau» des attentats. À l’encontre d’Ahmed Dahmani, détenu en Turquie et jugé en son absence, le parquet a réclamé une peine de trente ans de réclusion assortie d’une période de sûreté des deux tiers.

Le parquet national antiterroriste a également réclamé que des interdictions du territoire national, de dix ans ou définitives, soient prononcées à l’encontre des accusés n’ayant pas la nationalité française.

Verdict le 29 juin

La cour d’assises spéciale, uniquement composée de magistrats professionnels, n’est pas tenue de suivre les réquisitions du parquet.

En s’adressant une dernière fois à la cour, l’avocate générale Camille Hennetier a lancé: «Votre verdict ne guérira pas les blessures, ne ramènera pas les morts à la vie, mais pourra assurer qu’ici, c’est la justice et le droit qui auront le dernier mot».

La parole sera donnée à la défense à partir de lundi et pour deux semaines. Le verdict est attendu le 29 juin.