Le grand parti centriste du vice-président brésilien Michel Temer devrait claquer mardi la porte de la chancelante coalition gouvernementale de la présidente Dilma Rousseff, avec pour objectif affiché de précipiter sa chute pour s’emparer du pouvoir.

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La direction nationale du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), incontournable allié du Parti des travailleurs (PT, gauche) au pouvoir, se réunit dans l’après-midi au Congrès des députés à Brasilia pour «une réunion de sortie, d’adieu au gouvernement. Nous calculons un vote à plus de 80% en faveur» d’un départ, selon le député Osmar Terra, membre de la direction nationale.

Le ministre du Tourisme présente sa démission

Homme d’appareil discret, Michel Temer, 75 ans, ne dissimule plus son ambition de succéder rapidement à Dilma Rousseff, 68 ans, de plus en plus isolée à l’approche d’un vote des députés sur sa destitution attendu mi-avril.

Cet avocat constitutionnaliste de formation, qui assumerait le pouvoir jusqu’aux élections de 2018 en cas de destitution de la présidente, a orchestré ces derniers jours en coulisses le passage de sa formation à l’opposition.

Première force politique brésilienne avec 69 députés, le PMDB est l’arbitre de toutes les majorités de gouvernement au Brésil depuis le retour à la démocratie après une longue dictature militaire. Il comptait sept ministres, que Michel Temer a poussés lundi à démissionner pendant que Dilma Rousseff cherchait à les convaincre de rester lors d’intenses tractations.

Le ministre du Tourisme, Henrique Alves, a pris les devants lundi soir en annonçant son départ, une «décision difficile», écrit-il à la présidente dans une lettre rendue publique.

«Les circonstances nationales placent le PMDB, mon parti depuis 46 ans, face au défi majeur de choisir son chemin sous la présidence de mon compagnon de tant de luttes, Michel Temer», a expliqué le ministre Henrique Alves, dans une lettre à la présidente dont l’AFP a obtenu copie.

«Tout le monde […] sait que j’ai toujours prôné le dialogue permanent. Mais je suis au regret d’admettre que les voies du dialogue se sont épuisées», a ajouté Henrique Alves, évoquant une décision «difficile» mais «consciente» et «cohérente».

Le PMDB veut faire éclater la coalition au pouvoir

Le PMDB, incontournable allié de la coalition chancelante dirigée par le Parti des travailleurs (PT, gauche), compte, avec le départ de Henrique Alves, six ministres. C’est la première force parlementaire du pays, avec 69 députés sur 513 au total.

Un porte-parole de Michel Temer avait indiqué à l’AFP, plus tôt dans la journée, que la direction nationale donnerait mardi «jusqu’au 12 avril pour que tous les membres du PMDB occupant un poste au gouvernement partent», dans un climat de crise politique historique risquant de faire voler en éclats la coalition au pouvoir.

Le PT, qui a 58 députés, aura besoin d’au moins 172 députés (un tiers des voix plus une) contre la destitution pour empêcher la mise en accusation devant le Sénat de Dilma Rousseff, accusée par l’opposition de droite d’avoir maquillé des comptes publics.

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Le parti centriste, rallié à l’opposition de droite, devra réunir au moins deux tiers des voix des députés (342 sur 513) s’il veut obtenir la mise en accusation de la présidente devant le Sénat, qui aura le dernier mot.

Le PP (centre-droit), troisième formation parlementaire avec 49 députés, va se réunir mercredi, selon l’un de ses élus, Jerônimo Goergen, qui estime que «30 parlementaires» veulent rompre avec la coalition. Quant au PSD (centre gauche, 32 députés), il se réunira également dans la semaine pour prendre position.

La présidente est accusée d’avoir fait supporter temporairement à des banques publiques des dépenses incombant au gouvernement, afin, selon l’opposition, de dissimuler l’ampleur des déficits publics, en 2014, année de sa réélection, et en 2015. Elle se serait ainsi rendue coupable d’un «crime de responsabilité» administrative, prévu par la Constitution.

La présidente répond que tous ses prédécesseurs ont eu recours à cette pratique et dénonce une procédure «sans base légale» solide, masquant une «tentative de coup d’Etat» institutionnel.

Un gouvernement rejeté par les Brésiliens

Face au climat de débandade générale, le camp présidentiel cherche à stopper l’hémorragie en tentant de convaincre les parlementaires, député par député, de rester, moyennant des promesses de postes.

Mais l’embrasement de la crise politique brésilienne en mars a considérablement affaibli Dilma Rousseff, avec des manifestations monstres de la classe moyenne blanche pour son départ, et les soupçons de corruption contre son mentor et prédécesseur Luiz Inacio Lula da Lula (2003-2010), dont l’entrée au gouvernement – suspendue par la justice – a attisé l’incendie.

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La cote de popularité de la présidente stagne à un seuil historiquement bas de 10%, et 68% des Brésiliens souhaitent son départ, alors que le géant émergent d’Amérique latine traverse sa deuxième année de sévère récession économique, à quatre mois du début des Jeux olympiques de Rio de Janeiro.

L’ex-président Lula s’efforce de combler les voies d’eau. L’homme du miracle socio-économique brésilien des années 2000 s’est rendu à Brasilia dans l’espoir de rencontrer Michel Temer, qui a préféré ces derniers jours échafauder des plans d’avenir avec le chef de l’opposition Aecio Neves.