La Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l’opposante birmane Aung San Suu Kyi a décidé lundi de boycotter les premières élections législatives depuis 20 ans, refusant les lois électorales promulguées par la junte et s’exposant à une prochaine dissolution.

Une centaine de membres du comité central de la LND, venus de tout le pays et réunis à Rangoun, ont suivi la position de la prix Nobel de la paix, qui avait déclaré la semaine dernière qu’elle refuserait d’enregistrer le parti compte-tenu des conditions dans lesquelles les élections seraient organisées.

«La LND a décidé de ne pas enregistrer le parti comme un parti politique, car les lois électorales émises en 2010 par le Conseil d’Etat pour la paix et le développement (SPDC, nom officiel de la junte) sont injustes», a indiqué Nyan Win, porte-parole du parti et avocat de la prix Nobel de la paix. «Nous avons aussi décidé d’appeler à la libération immédiate des prisonniers politiques, dont Aung San Suu Kyi».

Des élections très contrôlées

Les prochaines élections, dont la date exacte n’a pas été annoncée mais qui doivent se dérouler fin octobre ou début novembre selon un responsable birman, se dérouleront donc sans le premier parti de l’opposition, qui avait remporté le dernier scrutin en 1990, sans jamais voir sa victoire reconnue.

Début mars, parmi les décisions prises par la junte, figurait l’annulation pure et simple des résultats de cette consultation.

Les nouvelles lois électorales interdisent aussi à un parti de conserver dans ses instances des prisonniers politiques, une mesure qui cible directement l’opposante, actuellement sujette à une peine de 18 mois de résidence surveillée.

Lundi, la LND avait donc le choix entre participer aux prochaines élections après avoir exclu Mme Suu Kyi de ses instances, et risquer la dissolution. Les délégués ont choisi de conserver dans leurs rangs celle qui symbolise, dans le monde entier, la résistance au régime des militaires de Naypyidaw.

Soutien continu à Aung San Suu Kyi

«Il était très dur pour les membres de la LND de l’exclure, car c’est une figure très influente du parti et du pays», a expliqué Win Min, analyste politique birman et militant pro-démocratie basé en Thaïlande.

En principe, la junte pourrait maintenant dissoudre purement et simplement la LND au terme du délai fixé par la loi. «Le parti, sous son nom actuel, pourrait ne plus exister officiellement au-delà du 6 mai», a ajouté Win Min.

Lundi, une centaine de militants de la LND s’étaient rassemblés devant son siège, certains portant des tee-shirts blancs sur lesquels on pouvait lire: «nous croyons Aung San Suu Kyi».

Nann Khin Htwe Mying, membre du comité central venue de l’Etat karen (est), a témoigné pour sa part de sa détresse avant la réunion. «Nous avons sacrifié notre vie pendant 20 ans et nous devons finalement abandonner comme ça. Alors vous pouvez imaginer ce que nous ressentons», a-t-elle déclaré à l’AFP.

La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a vivement condamné une «parodie de démocratie» après la promulgation des lois électorales. L’absence de la LND devrait renforcer encore la virulence des critiques selon lesquels le scrutin ne sera qu’un simulacre destiné à légitimer le pouvoir des militaires.

Samedi, dans un discours aux forces armées, le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, a prévenu les partis politiques de se garder de toute campagne «calomnieuse».

Le quotidien privé Myanmar Times, soumis à la censure gouvernementale, a indiqué lundi que sept partis d’opposition avaient annoncé leur volonté de s’enregistrer pour le scrutin.