Le parti d’Aung San Suu Kyi a revendiqué lundi une victoire écrasante aux législatives birmanes de dimanche, avec «plus de 70%» des sièges de députés. L’opposante a toutefois appelé ses partisans à la patience, jugeant qu’il était «trop tôt» pour célébrer la victoire.

«Je pense que le peuple a déjà une idée des résultats même si je ne dis rien», a déclaré Aung San Suu Kyi, s’adressant à la foule réunie devant le siège de son parti, en plein cœur de Rangoun. Elle joue la prudence jusqu’ici, laissant à ses adjoints le soin de distiller les premières estimations. «Nous gagnons avec plus de 70% des sièges à travers le pays», a déclaré peu après Win Htein, porte-parole de son parti, la Ligne nationale pour la démocratie (LND).

Les militaires sortent de leur réserve

Un pourcentage qui leur permettrait d’avoir la majorité absolue au parlement malgré la présence d’un quart de députés militaires, non favorables à la LND. Il semble que le report par la Commission électorale, située à Naypyidaw, la capitale administrative située à cinq heures de Rangoun, de l’annonce de premiers résultats officiels, a poussé la LND à sortir de sa réserve.

De son côté, le président par intérim du parti au pouvoir a reconnu lundi sa défaite. «Nous avons perdu», a déclaré Htay Oo, président par intérim du Parti de l’union solidaire et du développement (USDP), créé par l’ancienne junte militaire, dans un entretien à Reuters.

Enjeu historique

Car l’enjeu de ces élections est historique et l’arrivée d’Aung San Suu Kyi ouvrirait une nouvelle ère pour le pays après des décennies de junte militaire. Malgré l’autodissolution formelle de celle-ci en 2011, d’anciens généraux sont toujours au pouvoir.

Agée de 70 ans, Aung San Suu Kyi, fille du général Aung San, héros de l’indépendance birmane, a sacrifié sa vie personnelle, passé 15 ans en résidence surveillée et incarne les espoirs démocratiques de son pays depuis près de 30 ans.

Le scrutin de dimanche en lui-même s’est globalement bien déroulé, selon les premières évaluations de la mission d’observateurs européens, autorisés pour la première fois à assister à des élections en Birmanie. Les seuls chiffres officiels disponibles lundi matin étaient ceux de la participation, estimée à quelque 80% des plus de 30 millions d’électeurs.

La Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi a besoin de remporter quelque 330 sièges dans les deux chambres (soit 67% d’après ses calculs) pour avoir la majorité. L’enjeu derrière les législatives est l’élection par le parlement du chef de l’Etat, qui devrait avoir lieu début 2016.