Italie

Le Parti démocrate de Matteo Renzi en pleine crise

Le rejet de la réforme de la Constitution, suivi de la démission du président du Conseil, a ravivé les tensions internes au Parti démocrate au pouvoir. L’ancien chef du gouvernement s’attelle à tenir sa formation, au bord de l’implosion

Le Parti démocrate au pouvoir (PD, centre gauche) est uni et son secrétaire Matteo Renzi appelle à des élections anticipées, au plus tôt ce printemps. L’ancien premier ministre ouvre 2017 sur cette ligne officielle, un mois après le refus des Italiens de voter en faveur de sa réforme de la Constitution. Le 4 décembre, prenant acte de son échec après un référendum, il démissionnait.

Mais cette ligne optimiste n’est qu’une position de façade. Car si le PD reste le premier parti du pays avec plus de 30% d’intentions de vote, il est en pleine crise. Le scrutin de décembre a exacerbé les tensions internes et donné un poids majeur à la minorité de gauche opposée à son secrétaire, jugé autoritaire, arrogant, fermé. Ce dernier vise maintenant à reprendre en main sa formation.

Contre la réforme ou contre Renzi?

L’Assemblée du PD convoquée mi-décembre était la première occasion pour les démocrates de se confronter après leur échec. Mais les divisions sont devenues insurmontables lorsque la minorité de l’aide gauche a appelé à voter contre la réforme promue par son propre parti. Des élus comme l’ancien secrétaire Pier Luigi Bersani ou l’ancien premier ministre Massimo D’Alema se sont opposés au texte. Officiellement pour défendre la Constitution. Officieusement pour s’en prendre au leader toscan. Et cet antagonisme se poursuit malgré sa démission.

Matteo Renzi, après sa défaite, «aurait dû faire preuve de réalisme et d’humilité, regrette le sénateur Miguel Gotor, frondeur assumé. Le fait qu’il souhaite des élections anticipées montre qu’il se comporte en vainqueur.» Il a «provoqué une lacération au sein du parti».

Les tensions ne sont pas apparues à l’approche du référendum du 4 décembre. Légères au début du mandat de Matteo Renzi, lorsqu’il faisait du PD le premier parti du continent lors des élections européennes de 2014, elles sont devenues plus fortes au fil des années. Nombre de ses initiatives ont été contestées, comme la réforme du travail. La minorité s’est insurgée contre la suppression de l’article 18 du statut des travailleurs les protégeant contre les licenciements abusifs. Deux conceptions de la gauche s’affrontent. La minorité trouve dans le référendum de décembre l’occasion de contrer celle son premier ministre.

«Extraordinaire leader»

«Il y a eu un sabotage à l’intérieur du PD pour affaiblir le président du Conseil», s’insurge le sénateur Mauro Del Barba. Mais malgré la défaite, l’élu acquis à la cause de Matteo Renzi n’en démord pas. «Il est un extraordinaire leader qui a permis la naissance d’une nouvelle classe dirigeante déjà avant de prendre le pouvoir», se réjouit-il.

Mais la notion de leader est justement ce que rejette avec force la minorité, craignant plus que tout l’idée d’un «homme fort au pouvoir». Elle souhaite que lors du prochain congrès, prévu fin 2017, les militants ne désignent pas un secrétaire candidat à la présidence du Conseil, mais deux personnes pour remplir ces rôles. Matteo Renzi a été le premier de l’histoire du PD à revêtir les deux habits.

Le Toscan, parfois surnommé Machiavel, a complètement perturbé le schéma de fonctionnement de son parti. La formation est née en 2007 de la fusion de différents courants politiques: d’anciens communistes, de socialistes et de la gauche de la démocratie chrétienne, le parti ayant dominé la scène politique italienne durant la seconde moitié du XXe siècle. «Les secrétaires comme Walter Veltroni ou Pier Luigi Bersani ont respecté ce pluralisme, explique Vera Capperucci, historienne des partis politiques et professeur à l’université Luiss Guido Carli de Rome. En incarnant un modèle politique très autoritaire, charismatique et autour d’une seule personne, Matteo Renzi a proposé un schéma auquel le PD n’était pas habitué et difficilement conciliable avec son histoire.»

«Ventre mou» du parti

Entre la dure opposition à Matteo Renzi et le secrétaire se trouve ce que l’historienne définit le «ventre mou» du PD. «Une grande majorité du parti, sans une identité bien définie, mais contrôlant les voix et le territoire», détaille Vera Capperucci. Mené par le ministre de la Culture, Dario Franceschini, ce «ventre mou» s’était rangé du côté de Matteo Renzi. Ce dernier doit maintenant s’atteler à garder ce soutien de poids, sans quoi, il n’a aucun enracinement dans le pays mis à part dans sa Toscane natale.

L’ancien président du Conseil a essayé pour l’instant en vain de «moderniser une partie de la gauche italienne et de la porter vers un socialisme plus libéral», conclut la politologue. Mais une minorité du PD est opposée à ce changement culturel. Les deux fronts sont appelés à se confronter une année durant, jusqu’au congrès, lorsque les militants éliront le nouveau secrétaire et trancheront ainsi entre deux lignes devenues inconciliables.

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