«Nous n'y sommes pour rien.» Le cabinet d'Ehoud Olmert a rejeté les accusations du Hezbollah, du Hamas et des médias arabes selon lesquelles les services secrets de l'Etat hébreu auraient liquidé Imad Moughnieh, une figure clé du terrorisme, recherché depuis le début des années 1980. Pulvérisé en compagnie de son garde du corps dans une explosion survenue mardi soir à Damas, Imad Moughnieh était un ancien militant du Fatah. Estimant Yasser Arafat trop «modéré», il a rejoint le Hezbollah lorsque cette organisation a été créée au début des années 1980 au Liban.

Multiples attentats

Envoyé ensuite en Iran pour y suivre une formation dispensée par les Gardiens de la révolution, il est rapidement devenu le «ministre de la Défense» et le responsable de la branche militaire du Hezbollah. Outre le Mossad israélien, des grands services de renseignement occidentaux l'accusent de nombreux méfaits. Entre autres, les attentats contre les bases des armées française et américaine du Liban en 1983 (plus de 300 morts), l'attaque de l'ambassade américaine à Beyrouth la même année (30 morts), l'enlèvement d'un équipage de la TWA en 1985 et le kidnapping de dizaines de ressortissants occidentaux, dont trois journalistes de France 2 et un chercheur du Centre national de la recherche scientifique. A l'époque, les ravisseurs téléguidés par l'homme fort du Hezbollah s'abritaient sous le paravent des «Aigles de la révolution» et du «Djihad islamique».

Recherché par la justice argentine pour avoir ourdi un attentat contre l'ambassade d'Israël à Buenos Aires en 1992 ainsi que contre le centre communautaire juif de la capitale en 1994 (une tuerie dans laquelle des diplomates iraniens sont inculpés), Moughnieh était également pisté par le FBI, qui offrait une prime pour sa capture. Quant au Mossad, il a longtemps placé son nom en tête de liste de ses cibles. L'organisation a d'ailleurs tenté de l'assassiner à plusieurs reprises. Au début des années 90, l'une de ces opérations a échoué de justesse et le frère du terroriste a été tué à sa place.

Satisfaction israélienne

Vers la fin des années 80, les renseignements français, qui connaissaient l'implication de Moughnieh dans l'enlèvement - et dans la mort - de ressortissants de l'Hexagone, ont réussi à infiltrer l'entourage du terroriste. Les planques de ce dernier ont été localisées et sa «neutralisation» a été envisagée à plusieurs occasions. Mais François Mitterrand, puis son successeur Jacques Chirac n'ont pas voulu franchir le pas.

A l'annonce de la mort d'Imad Moughnieh, Al Manar(la télévision du Hezbollah émettant à partir de Beyrouth) a interrompu ses émissions pour diffuser des sourates du Coran en mémoire du «martyr». La station a par ailleurs promis de transmettre les obsèques ce jeudi en direct et de diffuser un message enregistré du leader de l'organisation Hassan Nasrallah. Quant aux grands réseaux satellitaires tels Al-Jazira et Al-Arabia, ils ont improvisé des émissions spéciales consacrées aux conséquences pour le Proche-Orient de la disparition du terroriste. Enfin, à Gaza, des sympathisants du Hamas ont manifesté de manière symbolique en promettant de «venger cette liquidation sioniste».

A Jérusalem, les responsables de l'Etat hébreu ont du mal à cacher leur satisfaction en dépit des consignes de prudence données par le cabinet d'Ehoud Olmert. Député travailliste et ancien directeur général du Mossad, Dany Yatom a présenté la mort du terroriste comme «un grand bienfait pour la démocratie et pour l'humanité». A la Knesset, plusieurs députés ont souhaité qu'Israël «soit à l'origine de cette opération de salubrité publique et qu'elle le fasse savoir». D'autres ont pointé du doigt le fait qu'Imad Moughnieh «se trouvait à Damas avec l'accord du régime, qui le laissait agir à sa guise». Quant au ministre de l'Environnement et ex-numéro deux du Shabak (la Sûreté générale) Gidon Ezra, il a estimé que «les familles des nombreuses victimes de cette ordure pourront dormir en paix».