Arrogante. C'était l'adjectif le plus couramment utilisé à propos de Marta Suplicy, l'une des dirigeantes du Parti des travailleurs (PT) de Luis Ina-cio da Silva (Lula), proche du chef de l'Etat brésilien. Or, au terme d'une bataille enragée, la voici sévèrement battue au second tour des élections municipales de ce dimanche. Marta Suplicy n'a obtenu que 45,13% des voix contre 54,87% conquises par son adversaire. Elle devra céder son poste; la mairie de la première ville du Brésil, São Paulo, revient à José Serra du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) de l'ancien président Fernando Henrique Cardoso, principale formation d'opposition.

Cet échec, net, clair et retentissant, appartient d'abord à la blonde prefeita qui paie un style péremptoire et des alliances trop troubles même aux yeux de ses propres camarades. Il constitue aussi un grave recul pour le président Lula et son équipe qui, en deux ans de pouvoir n'ont ménagé aucun effort pour s'assurer les postes clés et enraciner aussi profondément que possible le PT dans le pays.

Polarisation des forces

Or le bilan de ces municipales, s'il ne correspond pas à leurs espérances, consacre – fait nouveau – une polarisation des forces politiques. En effet, au total des voix, le poids des deux grands partis s'équilibre, tandis qu'un parti plus ancien et composite, le PMDB né de l'opposition à l'ancienne dictature, se délite. Au premier tour, six grandes capitales d'Etat sur 26 étaient tombées dans l'escarcelle du PT. Au second, c'est le PSDB qui triomphe puisqu'il en enlève cinq et non des moindres, entre autres São Paulo et Curitiba. Le PSDB a progressé en milieu urbain; le PT, qui a grandi dans les banlieues ouvrières, avance dans les campagnes.

Décevante pour le PT, l'issue de ces municipales est accueillie favorablement par de nombreux commentateurs qui y décèlent un mûrissement des électeurs. En renforçant le PSDB, les Brésiliens auraient, estiment-ils, manifesté leur volonté de contrecarrer les tendances hégémoniques du parti du président, lequel se trouve désormais contraint de procéder à quelques révisions de ton et de méthode. Habiles à proposer une image internationale généreuse dont les Brésiliens sont fiers, Lula et son gouvernement ont imposé à leurs partisans un virage trop rapide et abrupt. Habitués à une position d'opposition, nombre d'entre eux acceptent mal une conduite de l'économie très proche de celle qu'ils ont combattue avec acharnement sous le régime du président Cardoso. Ils comprennent mal les concessions et les alliances opportunistes, le chômage qui ne cède pas. Et déchantent face aux scandales qui entachent l'administration version PT.

Au lendemain immédiat des municipales commence la course pour l'élection présidentielle dans deux ans. Dans cette perspective, la perte de la puissante São Paulo constitue pour le PT un grave handicap. Le tandem qui se dessine entre le nouveau maire José Serra et le gouverneur de l'Etat dont São Paulo est la capitale, membre lui aussi du PSDB, renforce considérablement les sociaux-démocrates. Geraldo Alckmin, généralement apprécié pour son sérieux et son efficacité, et de ce fait très populaire, est désormais considéré comme le futur challenger de Lula. Alors que l'étoile de Marta Suplicy décline, la sienne grimpe rapidement.

Sous peine de subir le même sort qu'elle, le Parti des travailleurs, qui a aussi perdu Porto Alegre, la ville phare des altermondialistes, a donc fort à faire pour se remettre et se redéfinir s'il veut faire pièce aux deux poids lourds politiques, représentants d'une gauche réformiste, patiente et prudente, qui viennent de prendre place sur le devant de la scène brésilienne.