Le parti au pouvoir a remporté une majorité confortable aux élections législatives en Corée du Sud, selon des résultats partiels officiels publiés jeudi. Les électeurs ont salué la gestion de la crise du coronavirus par le président Moon Jae-in.

Avant même le dépouillement complet, dans un système électoral mélangeant scrutins majoritaire et proportionnel, le Parti démocratique du chef de l'Etat a décroché 163 sièges sur les 300 de l'Assemblée nationale, soit la majorité absolue. Sans compter les 17 sièges obtenus par un petit parti allié.

La principale formation d'opposition, le Parti pour un avenir uni (conservateur), et un parti allié, ne disposent pour l'heure que de 103 sièges. La participation a été de 66,2%, soit le taux le plus élevé dans le pays depuis 1992.

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La gestion de la crise sanitaire par le président saluée

Un spectaculaire retournement de situation pour Moon Jae-in: il y a quelques mois à peine, des scandales d'abus de pouvoir et une croissance économique atone semblaient menacer le président. Et les critiques affluaient pour son approche jugée trop accommodante à l'égard de la Corée du Nord, alors que Pyongyang reprenait ses essais de missiles nucléaires et balistiques.

Mais le scrutin s'est transformé en un référendum sur sa réponse à l'épidémie de Covid-19, relativement rapide et efficace. La cote de popularité de Moon Jae-in, tombée à 41% d'opinions favorables fin janvier, était à 57% la semaine dernière, selon Gallup. Une remontée due essentiellement à sa gestion de la crise sanitaire.

Et sa «diplomatie du coronavirus», fondée sur sa communication autour de ses entretiens téléphoniques bilatéraux avec une vingtaine de chefs d'Etat sur la réponse à apporter à l'épidémie, a renforcé la confiance des Sud-Coréens pour leur gouvernement, avance Minseon Ku, politologue à l'unversité d'Etat de l'Ohio (Etats-Unis). Selon elle, le président a réussi à présenter la pandémie comme une «opportunité pour la Corée du Sud de restructurer son économie - en capitalisant sur des industries comme l'IA (intelligence artificielle) et la biopharmacie». Ceci, «couplé à la reconnaissance internationale de la Corée du Sud» pour sa gestion de l'épidémie, a convaincu les électeurs.

Des élections nationales dans des conditions particulières

La Corée du Sud était fin février le deuxième plus important foyer de contamination au monde après la Chine. Mais elle est parvenue à inverser la tendance grâce à une stratégie de dépistage massif et d'investigation poussée sur les personnes entrées en contact avec les malades.

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Mercredi, Séoul a pour la septième journée d'affilée annoncé un bilan quotidien inférieur à 40 nouvelles contaminations (27 cas sur 24 heures). Au total, 11 000 personnes ont été infectées en Corée du Sud, dont 225 sont mortes.

Le pays d'Extrême-Orient était l'une des premières démocraties à organiser des élections nationales en pleine pandémie, dans des conditions particulières. Le port du masque était obligatoire pour les électeurs qui, dans les files d'attente aux abords des bureaux de vote, devaient se tenir au minimum à un mètre les uns des autres.

L'échec de ses politiques étrangères

La majorité absolue permettra à Moon Jae-in d'avoir les mains libres pour la fin de son mandat unique de cinq ans, contrairement à nombre de ses prédécesseurs. D'autant que l'opposition est dévastée, deux de ses figures n'ayant même pas été réélues à l'Assemblée: l'ex-premier ministre Hwang Kyo-ahn et l'ancien chef de file parlementaire Na Kyung-won.

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Reste que la question des relations avec Pyongyang reste brûlante. Si la pandémie a rendu inaudibles les critiques de l'opposition en la matière, il serait «dangereux» que Moon Jae-in considère que cette victoire «justifie des politiques étrangères qui ne fonctionnent pas», a averti Leif-Eric Easley, professeur à l'Université Ewha de Séoul.

«La politique de Séoul envers Pyongyang s'est heurtée à des insultes diplomatiques et des essais de missiles. Ménager la Chine a donné peu de résultats, et hausser le ton avec le Japon n'a pas fait avancer les intérêts sud-coréens», a-t-il ajouté auprès de l'AFP.