Le parti au pouvoir au Monténégro du président Milo Djukanovic était au coude-à-coude, dimanche, avec l'opposition pro-serbe à l'issue d'élections législatives. Le pro-occidental Parti démocratique des socialistes (DPS), au pouvoir depuis près de trois décennies, obtenait 34,7 % des voix devant le parti de l'opposition pro-serbe avec 33,1 % des voix, selon un sondage sortie des urnes de la commission CeMI.

Une forte participation malgré les mesures sanitaires

Les Monténégrins se sont mobilisés fortement dimanche pour voter aux législatives, mettant à l'épreuve trois décennies de domination de la formation du président pro-occidental Milo Djukanovic qui affrontait, dans une ambiance tendue, une opposition soutenue par la puissante Eglise orthodoxe serbe.

Une heure avant la fin du vote, le taux de participation était proche de 75%, contre 71% lors des précédentes élections, en 2016, selon les données de la commission électorale. Les électeurs devaient porter un masque, se désinfecter les mains et garder leurs distances pour cause de coronavirus.

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L'économie a beaucoup souffert de la pandémie dans ce pays où le tourisme génère près d'un quart du PIB.

Deux visions des relations avec la Serbie

Réformiste dynamique pour certains, autocrate corrompu pour d'autres, Milo Djukanovic, 58 ans, dirige le Monténégro quasiment sans discontinuer depuis la fin de l'ère communiste, au début des années 1990. En déposant son bulletin dans l'urne, il a assuré que son parti l'emporterait malgré «les tentatives d'attiser les tensions depuis l'extérieur du Monténégro».

Son Parti démocratique des socialistes (DPS) n'a jamais perdu un scrutin. Milo Djukanovic a conduit le pays le moins peuplé des Balkans (620 000 habitants) à l'indépendance de la Serbie en 2006, à l'adhésion à l'Otan en 2017 et aux portes de l'Union européenne (UE). Mais sa majorité sortante est très mince, et la confrontation avec une opposition de droite pro-serbe, partisane de liens plus étroits avec Belgrade et Moscou, s'annonçait rude.

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Le chef de la principale alliance pro-serbe, Zdravko Krivokapic, a lui assuré vouloir adresser «un message de paix», ajoutant qu'un «nouveau jour arrive pour le Monténégro, qui va prendre un autre chemin».

Une polémique sur les débats identitaires

Alors que Milo Djukanovic fait face depuis longtemps à des accusations de corruption, de mainmise sur l'Etat et de liens avec le crime organisé, la campagne électorale s'est plutôt concentrée sur sa querelle avec l'Eglise orthodoxe serbe (SPC) et sur les débats identitaires. Dimanche en fin de journée, la SPC a souligné qu'«aucun rassemblement organisé par l'Eglise n'était prévu» et a demandé aux Monténégrins de rester chez eux pour cette soirée électorale.

Cette polémique a éclaté fin 2019 lors de l'adoption d'une loi sur la liberté de religion qui ouvre la voie à une prise de contrôle par l'Etat des centaines d'églises et de monastères gérés par la SPC, dominante au Monténégro, et dont le siège est Belgrade. Selon le recensement de 2011, près de 30% des habitants du pays se déclarent serbes.

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L'adoption de la loi a provoqué d'énormes manifestations sous forme de processions, menées par des dignitaires religieux et soutenues par l'opposition. Ces derniers jours, les manifestants ont organisé aussi des processions avec des voitures à travers le pays, en agitant les drapeaux serbes. Milo Djukanovic y voit une «menace à la souveraineté» du pays et qualifie l'opposition d'«infanterie politique du nationalisme grand serbe».