Luiz Inacio Lula da Silva s'est personnellement engagé dans la campagne pour les municipales de ce dimanche au Brésil. Avec 80% d'opinions favorables, le président de gauche tente de transférer un peu de son prestige à ses candidats. Tandis que l'opposition - qui l'accusait, il y a encore quelques mois, de privilégier les villes contrôlées par ses alliés en leur envoyant davantage de fonds - n'ose même plus le critiquer...

Les 128 millions d'électeurs, qui doivent élire leurs maires et leurs conseillers municipaux, se prononceront avant tout sur les questions locales. Mais la forte croissance économique (+6% au premier semestre), le recul de la pauvreté et l'expansion du crédit, qui rendent le chef de l'Etat si populaire, devraient profiter aux candidats de son Parti des travailleurs (PT) et des autres formations de sa coalition. Ils sont d'ailleurs donnés favoris dans 19 des 26 capitales d'Etat. Le PT est en tête dans 27 des 79 villes de plus de 200000 électeurs. Les principales formations d'opposition, le Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB) et le Democratas (droite), ne sont favorites, respectivement, que dans 20 et 12 de ces villes très convoitées. Un deuxième tour sera organisé le 26 octobre si aucun candidat n'y obtient la majorité absolue.

Pour le président Lula, comme pour ses opposants, l'enjeu de ces municipales, c'est la présidentielle de 2010. Elu en 2002 et réélu quatre ans plus tard, l'ancien syndicaliste ne peut pas, de par la Constitution, briguer un troisième mandat consécutif, mais il voudrait faire élire son successeur. «Un bon score de ses alliés dans les grandes villes ne lui permettrait pas forcément d'y parvenir mais l'aiderait à consolider des appuis là où il y a le plus grand nombre d'électeurs», observe le politologue Cesar Romero Jacob.

A Rio, vitrine et deuxième ville du pays, l'armée va se déployer dans 27 favelas pour empêcher l'intimidation des électeurs par les narcotrafiquants et les paramilitaires, qui veulent élire leurs candidats au conseil municipal. Le candidat le mieux placé pour se faire élire maire, Eduardo Paes, est un ancien détracteur de Lula, mais c'était du temps où la cote de popularité du chef de l'Etat était en baisse à cause du scandale d'achat de voix et de financement illicite dans lequel son parti venait d'être épinglé. Aujourd'hui, il se présente comme son allié... Lula lui préfère néanmoins l'un des trois candidats qui sont au coude-à-coude pour l'affronter au second tour: Marcello Crivella, évêque d'un culte néopentecôtiste.

La bataille de São Paulo

Mais la principale bataille aura lieu à São Paulo, ville la plus peuplée et capitale économique du pays. La candidate du PT, Marta Suplicy, a déjà été maire de cette mégalopole de 11 millions d'habitants et ses politiques sociales l'ont rendue très populaire parmi les plus pauvres. Malgré son bon bilan, elle n'a pas été réélue aux dernières municipales de 2004. Aujourd'hui, elle est en tête avec 35% des intentions de vote, devant le maire sortant, Gilberto Kassab, de l'opposition de droite, mais les sondages la donnent perdante au second tour face à lui. Un paradoxe qui s'explique par son image jugée arrogante. Gilberto Kassab, de son côté, est soutenu par le gouverneur de l'Etat de São Paulo, José Serra. Battu par Lula en 2002, celui-ci est donné favori pour lui succéder.

Une victoire de Gilberto Kassab à São Paulo confirmerait l'influence du gouverneur et doperait ses chances de décrocher la candidature de son parti, le PSDB, à la présidentielle de 2010. Si c'est Marta Suplicy qui gagne, elle sera en position de revendiquer la candidature du PT à la succession de Lula, que ce dernier promet, pour l'heure, à sa cheffe de cabinet, Dilma Rousseff. «Mais le président n'exclut pas d'autres alternatives», note Cesar Romero Jacob. Et notamment de soutenir une figure de... l'opposition: Aecio Neves, le gouverneur de l'Etat du Minas Gerais. Selon les analystes, c'est ce qui expliquerait l'aval de Lula à l'alliance entre le PT et Aecio Neves, qui présentent un candidat commun à la mairie de la capitale du Minas Gerais, Belo Horizonte.