«Ciboire, cette fois, cet orgueilleux de [premier ministre du Québec] Charest, il est fait en tabernacle», lance une vieille militante du Parti québécois (PQ) à son vis-à-vis. L’homme, un quinquagénaire, opine: «Il faut se méfier du vote des Anglais (anglophones). Ils se mobilisent toujours pour les libéraux. Québec solidaire (gauche) aussi va nous voler des voix.»

Une petite foule bigarrée se précipite vers le Métropolis, l’une des grandes salles de concerts de Montréal. Au spectacle ce soir, le programme annonce: «Grand rassemblement Pauline Marois (chef du PQ)». Face au Métropolis, où des motards débonnaires exposent leurs Harley Davidson à la galerie, les curieux regardent les derniers fidèles de l’indépendance venus soutenir la cheffe de leur parti. C’est le dernier grand meeting de la campagne des élections. L’état-major souverainiste reviendra au Métropolis le soir des élections législatives anticipées du 4 septembre.

Les militants viennent s’abreuver de couplets sur la souveraineté autour d’une bière locale, une Belle Gueule ou une Boréale, servies dans de gros gobelets en plastique. Près de 2000 fans brandissent leurs drapeaux aux fleurs de lys. Le PQ a mobilisé ses candidats vedettes: anciens journalistes, artistes et fonctionnaires de la politique pour rendre hommage à Pauline Marois. Souvent dépeinte comme Bonemine, la femme du chef Abraracourcix, par les caricaturistes québécois, la patronne du PQ se pose en mère sourire de tous les Québécois. Mais pas de l’indépendance du Québec. Sur cette question, elle a opté pour la langue de bois. «Je vais défendre les intérêts du Québec», a-t-elle dit.

La cheffe du PQ l’a répété plusieurs fois ces dernières semaines. A 63 ans, elle n’aspire qu’à devenir la première femme première ministre du Québec. Rien de plus. Le quotidien de référence The Globe and Mail voit en elle «une relique des années 1990, l’une de ces politiciennes qui a eu cet emploi parce qu’il n’était plus intéressant à avoir». Les chefs historiques du parti sont trop âgés.

Le PQ, fondé en 1968, avec pour principal objectif l’indépendance de la Belle Province, a tenté, par deux fois, en 1980 et en 1995, de mener le Québec à la souveraineté. Sans succès. Actuellement, en cas de référendum, environ 45% des Québécois voteraient pour l’indépendance. Si la question indépendantiste n’est pas enterrée, elle fait face à de sérieux défis. Démographiques tout d’abord. Les Québécois «pure laine», les Tremblay ou Gagnon, susceptibles de voter pour le PQ, sont de moins en moins nombreux. Si le vote ne tenait qu’à eux, le Québec serait probablement indépendant, mais la Belle Province doit faire appel aux immigrants pour combler son déficit de natalité. Devenus Canadiens, ces derniers préfèrent un pays uni. En stigmatisant durant cette campagne les Canadiens d’origine étrangère et en proposant d’interdire à ceux qui ne parlent pas bien français de se présenter aux élections, Pauline Marois n’a pas amélioré l’image raciste de son parti chez les électeurs issus de l’immigration.

Bien qu’en avance dans les sondages avec 32% d’intentions de vote, contre 28% pour la Coalition avenir Québec (droite populiste) et 26% pour le Parti libéral (droite), il n’est pas certain que le PQ forme un gouvernement majoritaire. Le Parti libéral agonise, mais les indécis sont nombreux. Tout se jouera dans un mouchoir de poche.

La très populiste CAQ de François Legault promet monts et merveilles aux Québécois. Elle séduit de plus en plus d’électeurs en prétendant supprimer la corruption et donner l’accès à un médecin de famille à 2 millions de Québécois oubliés par le système de santé.

Les grands absents de cette campagne sont les étudiants, dont les manifestations ont forcé Jean Charest à appeler à des législatives anticipées. Ils ont repris leurs cours et espèrent une défaite du premier ministre. Pas sûr que cela suffise. Pauline Marois avait promis un gel de la hausse des frais de scolarité si elle était élue. Elle entretient désormais une position ambiguë. Seul Québec solidaire a su écouter les protestataires. Ils pourraient bien lui rendre la politesse en ralliant massivement la gauche, d’autant que, le 4 septembre, les étudiants auront congé pour aller voter.

Les grands absents de cette campagne sont les étudiants,qui espèrent une défaite de Jean Charest