Comment dissocier la «primaire citoyenne» organisée les 22 et 29 janvier par le Parti socialiste français de l’échec du quinquennat de François Hollande, porté le 7 mai 2012 à l’Elysée par la dynamique d’une autre primaire: celle de l’automne 2011?

La réponse, alors que le premier débat télévisé entre les sept candidats aura lieu ce jeudi à 21 heures sur TF1, est évidemment claire: les deux sont inextricablement liés. Impossible de ne pas voir, dans ce scrutin mis sur pied à la hâte pour désigner le prochain candidat du PS à la présidence la conséquence de l’impasse dans laquelle l’actuel chef de l’Etat français a mis son propre camp.

Courir derrière la droite

La première preuve de cette impasse est le calendrier et les modalités. Le Parti socialiste, qui revendique à juste titre la paternité des primaires dans l’Hexagone – la première fut organisée en 2006 pour départager Ségolène Royal (victorieuse) et Dominique Strauss-Kahn – se retrouve désormais à courir derrière la droite dont la propre «primaire ouverte», organisée en novembre 2015, a été un succès en termes de mobilisation électorale, de couverture médiatique, et de débat politique.

Preuve de la réussite de ce scrutin que beaucoup des cadres du camp conservateur ne souhaitaient pas, la droite a désormais un candidat incontestable, François Fillon; des caisses bien remplies grâce aux huit millions d’électeurs (sur les deux tours) ayant acquitté quatre euros (deux euros pour chaque tour), et une dynamique parlementaire, puisque le vainqueur a reçu les clefs du parti «Les Républicains» de l’ancien président Nicolas Sarkozy, désormais retiré de la vie politique. Le PS, à l’inverse, n’a eu qu’un mois pour mettre en place sa primaire après le renoncement de François Hollande à se représenter pour un second mandat le 1er décembre. Fait révélateur: le nombre des bureaux de vote les 22 et 29 janvier sera d’ailleurs très inférieur à celui de la droite: 7300 contre plus de 10 000.

Incapacité à pacifier et rassembler

La seconde leçon de cette «primaire citoyenne» est qu’elle ne pourra pas remplir son rôle: à savoir pacifier et mettre en ordre de bataille la gauche pour espérer remporter la présidentielle à venir, face à la droite et à Marine Le Pen La raison est simple: deux candidats issus de ce camp politique ont, eux, choisi de s’affranchir de ce scrutin. Jean-Luc Mélenchon pour la gauche radicale et Emmanuel Macron, centre gauche ont «snobé» la primaire. Or en termes de notoriété, l’un comme l’autre sont pour l’heure loin devant les sept candidats qui s’affronteront ce soir devant les caméras, avant de se retrouver à nouveau sur un plateau TV les 15 et 19 janvier. Dans tous les cas de figure, et sauf si l’obstacle des 500 signatures d’élus requises pour se présenter à l’Elysée s’avère infranchissable, la majorité parlementaire sortante sera donc au moins représentée par trois candidats (Macron, Mélenchon, et celui issu de la primaire), plus le candidat écologiste Yannick Jadot. La dislocation du camp «progressiste» est évidente.

A lire aussi: Benoît Hamon, le candidat qui rassure les socialistes

Que peut-on, dès lors, attendre de ce scrutin et de la compétition que vont se livrer les quatre candidats issus du PS (Manuel Valls, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon et Benoît Hamon) et les trois hors PS (Jean-Luc Bennahmias, François de Rugy et Sylvia Pinel)? Avant tout une clarification du futur leadership socialiste en France. Le vainqueur de cette primaire sera le mieux placé pour prendre la tête du parti, et il aura l’avantage pour les investitures pour les prochaines législatives. Il sera donc aux avant-postes pour la recomposition politique à venir à gauche. Laquelle pourrait voir le PS vaciller si la déferlante Macron se confirme…

On ne peut pas écarter, néanmoins, la possibilité d’une dynamique électorale si les Français se rendent nombreux pour voter lors des deux tours de cette primaire. En 2011, la primaire du PS avait recueilli 2,6 millions d’électeurs au second tour. Le succès de cette édition 2016 sera jugé à cette aune.

La primaire du sursaut? Possible, mais à voir. Car un autre aspect a de quoi faire jaser: l’absence de la moindre candidature féminine issue du PS (Sylvia Pinel est radicale de gauche). En 2006, Ségolène Royal avait été la première femme candidate à l’Elysée. En 2011, Martine Aubry avait été battue en finale par François Hollande. En 2017, la primaire citoyenne est redevenue une affaire d’hommes, élus de longue date du parti et roué à ses guerres d’appareils. Pas de surprise. Pas de parité. Des sondages en berne. La primaire «citoyenne» organisée par le PS a aujourd’hui plus l’allure d’un enterrement politique que d’une nouvelle marche conquérante vers le pouvoir suprême.

Lire aussi: En France, une primaire de la gauche pour élire… un perdant