C'est un coup de tonnerre dans le monde politique thaïlandais. Le Parti du pouvoir du peuple (PPP) qui défend les intérêts de Thaksin Shinawatra, le richissime ex-premier ministre renversé par un coup d'Etat en septembre 2006, a très largement remporté les élections législatives de dimanche. Selon des résultats officieux, le parti obtient environ 230 sièges sur les 480 sièges que comptera la nouvelle Chambre des représentants. Il rate donc de peu la majorité absolue. Et tout indique que le leader de ce parti, Samak Sundaravej - qui a publiquement déclaré être «l'homme de paille de Thaksin» - pourrait devenir premier ministre à la tête d'un gouvernement de coalition.

Retour en février?

Pour les militaires qui avaient renversé le gouvernement de Thaksin parce qu'ils l'accusaient de corruption et de semer la désunion dans le pays, c'est une gifle monumentale. Tout le travail qu'ils ont effectué depuis un an pour saper l'influence politique de Thaksin tombe à l'eau.

Thaksin, en exil forcé à Londres, a déjà fait savoir qu'il devrait rentrer en Thaïlande, probablement le 14 février prochain, jour de la Saint-Valentin. Le milliardaire est l'objet de plusieurs recours judiciaires pour malversations financières, mais, avec le gouvernement aux mains de ses alliés politiques, il peut espérer que la procédure judiciaire tourne en sa faveur. Dès lors, le retour de Thaksin sur la scène politique ne serait plus qu'une question de temps.

«Le Parti du pouvoir du peuple va dissoudre la commission qui enquête sur les malversations financières de Thaksin, il va dissoudre la Commission électorale et lever l'interdiction politique pesant sur les 111 membres du comité exécutif de l'ancien parti de Thaksin (ndlr: le Thai Rak Thai dissous en mai dernier). Ce sera une sorte de revanche politique», indique Kiatchai Pongpanich, éditorialiste au quotidien Matichon.

Confrontés à ce qui est la pire des éventualités pour eux, les militaires vont-ils observer la destruction de leur travail sans réagir? Dans un royaume qui a connu 18coups d'Etat depuis l'abolition de la monarchie absolue en 1932, l'hypothèse d'un nouveau putsch n'est jamais à écarter. Toutefois, le général Anupong Paochinda, chef actuel de l'armée de terre, semble peu enclin à se mêler de politique. De plus, les militaires peuvent aussi employer d'autres méthodes plus douces. Une enquête pour corruption est en cours contre Samak Sundaravej, le leader du PPP. On peut s'attendre aussi à ce que la Commission électorale, qui est sous l'influence des militaires, multiplie les recours pour fraude électorale contre le parti des partisans de Thaksin, ce qui pourrait aboutir à la disqualification de certains de ses candidats.

«Perte de prestige»

Dans l'immédiat, le nouveau chef de gouvernement devrait être Samak Sundaravej, un politicien âgé de 72 ans autocratique et ultra-conservateur. «Son accession à la tête du pays sera une importante perte de prestige pour la Thaïlande vis-à-vis de la communauté internationale», indique un diplomate européen à Bangkok. Il n'est toutefois pas certain que Samak, s'il accède au poste de chef du gouvernement, le conserve longtemps. «Le plan est que Samak reste premier ministre juste les quelques semaines nécessaires pour que Thaksin soit lavé des accusations de corruption», indique Danthong Breen, président de l'ONG Union for Civil Liberties.