Tunisie

Le parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha en tête des législatives

Avec 52 sièges, le parti islamo-conservateur devance la formation Qalb Tounès, du candidat à la présidentielle Nabil Karoui (38 sièges). Ces résultats confirment l'émiettement du Parlement

Le parti d'inspiration islamiste Ennahdha est arrivé en tête des législatives de dimanche, avec 52 sièges sur 217, selon les résultats préliminaires officiels. Mais il est très loin de la majorité requise de 109 voix pour former un gouvernement seul.

Le chef d'Ennahdha, Rached Ghannouchi, qui se présentait pour la première fois à une élection, a été élu député à Tunis, a annoncé mercredi soir l'instance chargée des élections. Ennahdha devance le parti du candidat à la présidentielle Nabil Karoui, Qalb Tounes, créé en juin et qui rentre au Parlement avec 38 sièges.

Nabil Karoui, poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment, a été libéré mercredi soir quatre jours avant le second tour du scrutin présidentiel qui l'oppose au juriste indépendant Kais Saied. Il a été accueilli en héros par ses partisans. Nabil Karoui avait récolté 15,58% des voix au premier tour de la présidentielle, derrière Kais Saied et ses 18,4%.

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Son frère Ghazi, également sous le coup d'un mandat de dépôt depuis août, n'a plus été vu en public depuis. Il n'a donc pas fait campagne, alors qu'il était candidat sur les listes de Qalb Tounes, ce qui ne l'a pas empêché d'être élu député de Bizerte (nord).

Un émiettement du Parlement

Le parti social-démocrate Attayar («Courant démocrate») du militant des droits de l'homme Mohammed Abbou a obtenu 22 sièges. Et Karama, un mouvement islamo-populiste formé récemment par un avocat connu pour avoir assuré la défense de salafistes présumés, Seifeddine Makhlouf, a remporté 21 sièges.

De son côté le Parti destourien libre de l'avocate anti-islamiste Abir Moussi a récolté 17 sièges. Candidate déçue à la présidentielle, Abir Moussi, qui a défendu le régime du président déchu Zine el Abidine Ben Ali, est élue députée de Tunis.

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Ces résultats confirment l'émiettement du Parlement, entre des formations profondément divergentes, augurant de négociations ardues pour former un gouvernement puis légiférer.

Les différents courants centristes, qui s'étaient rassemblés en 2014 autour du défunt président Béji Caïd Essebsi et de son parti Nidaa Tounes, se sont présentés en ordre dispersé et ont été sanctionnés pour leurs divisions. Le parti libéral du Premier ministre Youssef Chahed, Tahya Tounes, a obtenu 14 sièges, tandis que Nidaa Tounes, qui s'est effondré en raison des luttes de pouvoir autour du fils du président, n'en a que trois, contre 86 lors des législatives de 2014.

Une propagande dans les médias 

Plusieurs partis se sont vu retirer des sièges, dont l'un, Errahma, en raison de «propagande à la radio durant la campagne électorale». Errahma est mené par un imam controversé, Said Jaziri, connu notamment pour ses prêches et sa radio, Coran Karim, très écoutée même si elle émet illégalement.

En revanche, l'instance des élections n'a pas retiré de siège à Qalb Tounes, bien que la chaîne Nessma, fondée par le dirigeant du parti Nabil Karoui, ait été sanctionnée pour son manque d'objectivité par le contrôleur de l'audiovisuel tunisien, la Haica.

«Les rapports de la Haica concernant Nessma ont montré qu'il y a eu certaines infractions mais (...) les résultats n'étaient pas les mêmes», a expliqué Hasna Ben Slimane, membre de l'instance des élections. «Le président du parti (Errahma) était lui-même animateur de la radio. La relation entre le média et le chef de parti n'était pas la même.»

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