> Cinquante ans d’indépendance

Le 26 juillet 2007, Nicolas Sarkozy fait une allocution à l’Université Cheikh Anta Diop, au Sénégal. Au lieu d’excuser les crimes coloniaux de la France – ce que tout le monde attendait –, il avance que «l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire.» Le discours de Dakar, depuis, est sur toutes les lèvres. Deux livres, réunissant les contributions d’une quarantaine d’auteurs, ont même été publiés l’année suivante pour répondre au président arrogant. «Ce sont les conséquences du discours du colonisateur. Il a toujours dit que le Noir n’avait pas d’histoire», rappelle Doudou Diène, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme. «Une question d’honneur.»

C’est sur deux points que porte le cœur du débat: le continent noir est-il le berceau de l’humanité? Si oui, comme il semble que ce soit le cas, le pied de nez aux anciens colonisateurs en soulagerait beaucoup. Deuxièmement, à quel point les civilisations nègres ont-elles influencé la glorieuse ancienne Egypte? Les pharaons noirs de la civilisation de Koush et leur écriture méroïtique sont à l’origine des civilisations égyptiennes auxquelles l’Europe doit tant, écrit Cheikh Anta Diop. L’historien sénégalais, adulé en Afrique, est critiqué plus au nord. Il exagère la grandeur de l’histoire africaine, estime le professeur Bernard Lugan avant de préciser qu’il n’est pas prouvé que l’Afrique soit le berceau de l’humanité. Les dits afrocentristes ont longtemps crié au racisme. Les débats sont stériles, les blessures profondes. C’est au moment où elles semblaient se cicatriser que Nicolas Sarkozy a prononcé son discours.