Proche-Orient

Les partisans du «Grand Israël» veulent profiter de l'aubaine Trump

Le parlement israélien ressort des tiroirs des projets de loi qui auraient provoqué l'ire de l'administration Obama. La colonisation dans les territoires palestiniens risque de s'accélérer

Le conseil des ministres israélien examinera dimanche un projet de loi visant à limiter la puissance des haut-parleurs sur le minaret des mosquées sous le prétexte que les appels à la prière lancés par les muezzins «constituent une nuisance sonore». Ce texte poussé par les partis d’extrême-droite de la coalition au pouvoir est ancien, et son examen a déjà été reporté à plusieurs reprises, sous la pression de l’administration de Barack Obama. Son vote risque de déclencher de nouvelles violences.

Mais les responsables israéliens n’en ont désormais cure. Parce que l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a changé la donne et que l’administration Obama n’est plus en mesure de leur imposer quoi que ce soit. Quant au futur président, il semble sur la même ligne politique que l’Etat hébreu.

A Jérusalem, ce renversement de tendance a donc désinhibé les partisans du «Grand Israël». Leur offensive a débuté dès mercredi par un discours de Naftali Benett, le ministre de l’Education, qui a proclamé la fin du «projet d’un Etat palestinien».

Dans la foulée, les députés du groupe parlementaire «pour le Grand Israël», qui est l’un des plus influents au parlement, ont asséné que la «situation en Judée-Samarie (la Cisjordanie occupée, ndlr) doit désormais être considérée comme une simple question intérieure israélienne et non comme une affaire internationale» digne de l’intérêt de l’ONU et de l’Union européenne.

Constructions dans les colonies

«Avec Donald Trump, les choses vont changer dans le bon sens, car son administration sera moins interventionniste que celle d’Obama. D’ici quelques mois, nous pourrons enfin construire à notre guise», s’est d’ailleurs réjoui le député Betzalel Smotrich, figure de proue de ce lobby.

Fanfaronnade? En tout cas, Moshé Turdjeman, le responsable de la commission des travaux de la municipalité de Jérusalem, remettra sur la table dès la semaine prochaine tous les projets immobiliers gelés suite aux pressions américaines parce qu’ils sont destinés aux «nouveaux quartiers» (des colonies) de la ville. A en croire ce haut fonctionnaire, au moins 8200 logements seront donc construits dans les prochaines années. Sans compter des milliers d’autres qui seront mis en chantier en Cisjordanie même.

Le coup de pouce de Trump

Certes, le premier ministre Benyamin Nétanyahou et les autres responsables israéliens n’avaient pas davantage anticipé l’élection de Donald Trump que les autres dirigeants occidentaux. Mais, contrairement à leurs homologues, ils s’en réjouissent. Ils le font d’autant plus ouvertement qu’en janvier 2013, alors qu’il n’était qu’un simple homme d’affaires, le milliardaire américain s’était engagé dans la campagne électorale israélienne en soutenant Benyamin Nétanyahou. «Votez pour lui, c’est un gagnant, un «terrific guy» très respecté. Il en vaut la peine», avait-il déclaré dans une intervention filmée et diffusée dans l’Etat hébreu.

Trois ans plus tard, le président américain élu n’a pas changé d’avis. Plusieurs de ses conseillers les plus influents sont d’ailleurs favorables à la colonisation des territoires palestiniens. C’est le cas de l’avocat David Friedman, qui réside régulièrement dans son appartement de Jérusalem ouest, la partie juive de la ville, et finance la construction de bâtiments publics dans la colonie de Beth El, en Cisjordanie occupée.

L’avocat Jason Greenglatt est dans le même cas de figure. Selon lui, «les colonies ne sont pas un obstacle à la paix». Une position qu’il partage avec Newt Gringrich, l’ancien speaker de la Chambre des représentants appelé à exercer de hautes fonctions dans la nouvelle administration.

Profiter de la transition

«Depuis l’élection de Donald Trump au moins jusqu’à son entrée en fonction, Benyamin Nétanyahou dispose d’un boulevard lui permettant d’appliquer une politique plus musclée que par le passé, il aurait tort de se priver», estime le commentateur politique Ariel Kahana.

Outre le projet de loi sur la «pollution sonore» des mosquées, d’autres textes marquent la droitisation du gouvernement israélien. L’un de ceux-ci, également examiné dimanche, vise à reporter l’évacuation de la colonie d’Amona, construite sur les terres d’une famille palestinienne grâce à de faux titres de propriété.

Pourtant, la Cour suprême d’Israël a donné raison au plaignant et ordonné l’évacuation, ainsi que la destruction des bâtiments avant la fin de 2016 mais les partisans du Grand Israël s’en moquent. Ils veulent passer outre et ignorer le droit en sachant très bien que la communauté internationale – et surtout Washington- ne sera plus là pour leur taper sur les doigts.

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