Après l'embargo sur les ventes d'armes décidé par l'ONU dans la nuit, le président français Jacques Chirac a appelé mardi les Ivoiriens à la reprise du dialogue. Le représentant de la Côte d'Ivoire aux Nations unies, Philippe Djangoné-Bi, a qualifié d'«injuste» la décision du Conseil. La présidence ivoirienne n'a, elle, pas réagi. Eugène Djué, chef d'une des milices pro-Gbagbo, a lui raillé la «bande de petits copains qui cherchent à se faire plaisir». Dans un sujet virulent, la Radio-télévision ivoirienne (RTI, officielle) a dénoncé «l'implication partisane de Paris dans la crise» ivoirienne. Elle a également mis en cause les chefs d'Etat de la Communauté des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et de l'Union africaine (UA), «actionnés comme des marionnettes par l'Elysée».

Guillaume Soro, chef des Forces nouvelles (FN, ex-rebelles), s'est en revanche félicité mardi de cet embargo, «même s'il vient dix-huit mois en retard, car à Marcoussis nous l'avons déjà demandé», a-t-il déclaré. Il évoquait les accords passés en janvier 2003 entre les deux parties. M. Soro a rejeté toute perspective de réunification sous le «régime fasciste» de M. Gbagbo et déclaré que le président devait quitter le pouvoir. Selon un porte-parole des FN, il doit rencontrer en fin de semaine le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de l'UA dans cette crise.

Apaisement

De son côté, Jacques Chirac a plaidé l'apaisement. Il a appelé les parties ivoiriennes en conflit à «renouer le contact de façon à trouver la paix». Il a assuré que le «seul but» de Paris dans le pays était «le retour de la paix» et «la relance du processus de réconciliation nationale.

Le secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l'ancien président sénégalais Abdou Diouf, a apporté son soutien à la résolution 1572 de l'ONU. Cette dernière a été adoptée à l'unanimité des 15 membres du Conseil à l'initiative de la France. Outre l'embargo immédiat sur les armes, le texte envisage aussi des sanctions conditionnelles dans un mois contre certaines personnalités ivoiriennes.

L'embargo sur les armes empêche notamment le président Gbagbo de reconstituer son aviation militaire, comme il le souhaitait. La flotte ivoirienne avait été détruite par la France le 6 novembre, en représailles au raid contre une de ses positions à Bouaké.

A Paris, le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a estimé que le «calme» restait «très précaire» en Côte d'Ivoire. Le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier a, lui, estimé que la paix devait «être imposée» si les parties ne font pas «taire leurs armes».

Enfin, le dernier avion affrété par la France pour évacuer des ressortissants étrangers est arrivé à Paris dans la nuit de lundi à mardi. Au total, plus de 5000 Français ont quitté la Côte d'Ivoire depuis le début des violences. A ce jour, 75 plaintes ont été déposées, dont trois pour viol, devant le Tribunal de Bobigny, en banlieue parisienne.