Cela fait moins d’une année qu’il a succédé à Roger Mayou à la tête du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Même par visioconférence, coronavirus oblige, Pascal Hufschmid réussit à transmettre une double impression: celle d’un directeur de musée ambitieux mais qui reste humble face à la marche du monde.

Diplômé en histoire de l’art de l’Université de Genève, il a conscience qu’il dirige un établissement vénéré en Suisse. «Je suis très heureux d’avoir rejoint une institution que mon prédécesseur a affirmée comme un lieu clé sur la scène muséale suisse.» Pourtant, cet ex-marchand d’art qui est passé par le Musée d’Orsay, la Fondation Henri Cartier-Bresson à Paris puis le Musée de l’Elysée à Lausanne ne va pas se contenter d’assurer la continuité. A 40 ans, il entend donner une touche personnelle à un musée ancré au cœur de la Genève internationale.

Lire aussi: La Croix-Rouge affiche son histoire

Parade à l’ennui

On pouvait dès lors s’en douter: la fermeture du musée en raison du Covid-19 n’allait pas le laisser inactif. «Cette période est un moment privilégié pour créer du lien social», insiste-t-il. Il mentionne ainsi le groupe WhatsApp déjà constitué formé de plusieurs institutions culturelles genevoises, qui s’applique à présenter depuis mars, trois fois par semaine, une œuvre particulière sur la Toile. Confiné avec sa famille à la maison, Pascal Hufschmid a imaginé une parade à l’ennui: avec l’aide d’un graphiste, il propose aux enfants de télécharger sur le site du musée des affiches de la collection du musée adaptées au coloriage.

Lire encore: Le Musée de la Croix-Rouge met le destin des réfugiés dans les mains du public

Pour ce polyglotte né d’un père suisse alémanique et d’une mère anglaise, de nouvelles formes de vivre-ensemble doivent émerger de la crise du Covid-19, «dont on sortira grandi». S’il apprécie à sa juste valeur le musée que Roger Mayou avait transformé en 2013, il ne souhaite pas se laisser enfermer dans la seule gestion de l’institution: «Il faut déconstruire. Le musée n’est pas un temple du savoir, de l’expertise. Ce ne doit pas être une bulle réservée à un public d’initiés.»

Pour lui, il y a bien sûr les expositions permanentes et itinérantes, ainsi que les collections du musée. Mais la mission d’un musée va au-delà de ses murs. Il y a aussi mille et une autres manières de décliner l’activité par des contenus présentés en ligne, des podcasts, des résidences d’artistes, des prix, des manifestations extra-muros. Le musée doit avoir cette porosité qui en fait davantage une idée capable de rassembler des publics différents qu’une bâtisse qu’on ne visite qu’une fois. Le lieu ne doit pas être élitiste, mais plutôt un espace bienveillant qui appartient à la cité.

Lire également: L’année 2018 en photo: une exposition majeure à Genève

Pascal Hufschmid a les idées claires. Le verbe file, sûr, construit, pesé. Il crée l’impression de traduire sincèrement une vision, un espoir, une ambition. On hésite du coup à l’interrompre. Mais après avoir mis sur pied de nombreuses expositions dans 41 pays pour le Musée de l’Elysée, dont il était le responsable du développement et des relations extérieures, il le sait. Une vision sans visibilité ne mène pas loin.

A l’occasion de la 33e Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui a rassemblé 3000 personnes en décembre à Genève, il s’est dit que ce grand raout était une plateforme extraordinaire pour expliquer à une large audience ce que sera le musée qu’il dirige. Il accrédite tout son personnel à la manifestation pour qu’il s’imprègne de cet univers multiple de l’humanitaire.

Soucieux d’établir des passerelles entre la Genève locale et un monde humanitaire qui peut parfois rester cloisonné, il phosphore. En collaboration avec le Département de l’instruction publique, il décide d’imprimer sous forme de cartes postales des affiches de la collection du musée sur lesquelles les élèves genevois sont appelés à exprimer ce qu’ils pensent de l’humanitaire. Le succès est au rendez-vous. Les cartes rédigées sont remises aux délégués de la conférence. Le directeur pense déjà à d’autres opérations futures, des rencontres avec des humanitaires qui expliqueront au public la réalité complexe du terrain.

Un côté Alexandre Jardin

Chez Pascal Hufschmid, qui a pourtant étudié dans le très sérieux Collège de Saint-Maurice, on croirait presque y voir l’espièglerie joueuse d’un Alexandre Jardin. Quand il va au Musée d’art et d’histoire avec ses jeunes enfants, il se met à leur place. Que faire pour les intéresser? Sa méthode: leur demander, comme dans une chasse au trésor, de trouver en cinq minutes un cheval blanc et un cheval noir sur les tableaux suspendus dans une salle.

L’art du storytelling pour capter son public, Pascal Hufschmid l’a aiguisé au Palais des Nations à Genève, où, durant ses études, il travaillait comme guide conférencier en quatre langues dont l’italien, qu’il parle avec son épouse romaine. «L’important est de trouver le point de contact», relève-t-il. Le quadragénaire, qui aime se situer entre le monde institutionnel et le marché de l’art, entre le monde muséal et humanitaire, le lâche sans arrière-pensée: «Je suis aujourd’hui là où j’ai toujours rêvé d’être.»


Profil

1980 Naissance à Aubonne (VD).

2003 Rejoint l’Office des Nations unies en tant que guide conférencier en cours d’études à l’Université de Genève. Puis master ès lettres deux ans plus tard et stages à la Fondation Henri Cartier-Bresson et au Musée d’Orsay à Paris.

2006 Assistant de direction et courtier à la Galerie Jan Krugier, à Genève.

2008 Entre au Musée de l’Elysée, devient membre de la direction deux ans plus tard, responsable du développement et des affaires extérieures.

2019 Direction du Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.


Retrouvez tous les portraits du «Temps».