Russie

Passe d’armes aérienne au-dessus de la Baltique entre l'OTAN et la Russie 

En route pour Kaliningrad, l’avion du ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgu, a été intercepté par un F16 de l’Otan. Les Sukhoï 27 de son escorte ont vivement réagi

Il y avait du beau monde, mercredi 21 juin, au-dessus de la Baltique dans le couloir aérien reliant Moscou à l’enclave russe de Kaliningrad. Le ministre de la Défense Sergueï Choïgu le suivait de bon matin pour présider une réunion consacrée à la situation militaire dans la région, lorsque son avion, un Tupolev 154 de la flotte spéciale a été approché au large de la Lituanie par un F16. Des responsables de l’Alliance atlantique (Otan) expliqueront plus tard cette rencontre périlleuse en assurant que des appareils russes volaient avec leur transpondeur éteint et refusaient de s’identifier, ce qui les avait amenés à déclencher la «procédure standard» d’interception et de reconnaissance.

Vidéo de l’incident

La suite est racontée par une vidéo, tournée depuis l’appareil russe et diffusée dans la journée par la chaîne de télévision militaire Zvezda de Moscou. On y voit surgir un chasseur russe, un Sukhoï 27 (Flanker dans la nomenclature de l’Otan), qui se faufile entre le F16 et le Tupolev du ministre. L’appareil effectue une manœuvre caractéristique – il agite d’abord ses ailes, puis vire à bord pour montrer son ventre harnaché de missiles air-air. Pour les as du ciel, le message est clair: «Je suis armé et déterminé à me battre.» L’appareil de l’Otan s’éloigne peu à peu de la scène et le Tupolev poursuit sa route.


Vidéo de l'incident, diffusée par Zvezda, la chaîne militaire du ministère russe de la Défense.


Sans surprise, cette séquence est rapidement devenue virale sur la Toile et a suscité une avalanche de commentaires côté russe. Les médias de Moscou ont raconté l’exploit du Sukhoï qui a réussi à «dégager grâce à une manœuvre audacieuse» l’appareil ennemi et raillé la couardise de ce dernier. Les moqueries sont montées d’un ton lorsqu’une radio de Varsovie a annoncé que le F16 appartenait aux forces aériennes de la Pologne, souvent perçue comme un ennemi héréditaire en Russie.

Chorégraphie complexe

Vu de près, le F16 en question ne portait pas de signes distinctifs nationaux mais des indications de ses anciens états de service dans l’US Air force. Selon des sources militaires, il était bien polonais cependant. Il s’agissait en fait de deux appareils qui avaient décollé de la base aérienne de Siauliai, en Lituanie, où est basée la mission permanente de la «police des airs» de l’Otan. Depuis le 2 mai dernier, c’est la Pologne qui est «de garde», après avoir succédé aux Pays-Bas et à la France.

Des pilotes français, que Le Temps avait pu interroger en janvier dernier, ont longuement raconté la chorégraphie à la fois complexe et rodée de ces décollages en alerte destinés à identifier et «accompagner» les appareils militaires russes lors de leur traversée de la Baltique. Le 21 juin, il s’agissait d’une petite armada, révèle le spécialiste aéronautique russe Alex Ivanov, basé à Kaliningrad: le «cortège» aérien de Sergueï Choïgu comprenait trois Tupolev-154 (le sien, celui destinée à la presse et un dit «de secours») accompagnés par deux Sukhoï 27.

Lire aussi: «Les avions russes sont là. Nous aussi»

De multiples interceptions

Ce dernier épisode vient s’ajouter à la longue liste d’interceptions au-dessus de la Baltique où les spécialistes notent un regain de tension depuis quelques semaines. Le 19 juin dernier, un Sukhoï russe avait ainsi collé de près un avion espion américain, effectuant, selon Washington, des manœuvres «provocatrices et dangereuses». Au début du mois, les forces aériennes de l’Otan s’étaient livrées à un impressionnant exercice en faisant voler plusieurs bombardiers stratégiques B1, B2 et B52 le long des côtes baltes, là aussi suivis de près par les chasseurs russes. A cela s’ajoutent les rencontres dans le ciel syrien qui, elles, se passent dans un huis clos quasi total mais qui ne sont pas moins dangereuses: à l’instar du Sukhoï exhibant ses roquettes, les Russes veulent montrer qu’ils ne comptent pas se laisser faire.

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