Le bruit de la guerre qui dévaste l'Europe. L'exode effréné des parisiens vers le sud. La France coupée en deux par la ligne de démarcation. La Suisse romande aux avant-postes de la tragédie. C'était il y a 80 ans. Chaque semaine de l'été, «Le Temps» vous raconte qui, entre larmes et rire, collaboration, compromissions et résistance, façonna la France à l'heure allemande. 

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«La question du recrutement m’inquiétait: comment découvrir des hommes qui se montreraient prêts à effectuer par pur patriotisme un travail qui risquait de les mener tout droit au poteau d’exécution?» L’homme qui écrit ces lignes au sortir de la guerre a transformé son surnom clandestin en nom de plume. Gilbert Renault, alias le Colonel Rémy, prend la tête, durant l’été 1940, de l’embryon de réseau de renseignements de la France libre. Objectif numéro un de cet agent secret gaulliste? Faire passer la ligne de démarcation qui coupe l’Hexagone en deux depuis l’armistice, des Pyrénées à la frontière suisse. Il faut convoyer au Sud messages, combattants, informateurs et… pilotes alliés lorsque leurs appareils sont abattus.

«Il fut convenu d’utiliser un vocabulaire médical dont chaque terme aurait une signification», raconte Rémy dans Le Déjeuner de la Croix-de-Vernuche (Perrin), consacré aux passeurs de la rivière Allier, dont le cours marquait alors la «ligne» au centre du pays, entre Nevers (zone occupée) et Moulins (zone libre). Sa première recrue locale est un médecin de campagne nivernais, habitué des lieux. Les visites à ses patients lui servent de couverture. «Une telle correspondance entre confrères ne pouvait être de nature à éveiller l’attention des Allemands.»