Visible sur Youtube, le premier sermon prononcé par Steven Anderson quand il avait 17 ans restait empreint de timidité. Mèches gominés, le pasteur baptiste de Tempe, dans la banlieue de Phoenix (Arizona) se cachait encore derrière sa bible et le micro.

Dix ans plus tard, il a indiscutablement gagné en bagou et en autorité. Le mois dernier, il a même acquis une stature nationale en prononçant un sermon intitulé «Why I hate Barack Obama» («Pourquoi je hais Barack Obama»).

Pourquoi, au fait? Parce que le nouveau président américain incarne tout ce que Steven Anderson déteste: le «socialisme» bien sûr, mais aussi une certaine tolérance face aux homosexuels, que le pasteur de la Faithful Baptist Chruch abhorre autant que les juifs «assassins de Jésus», et surtout face à l’avortement, crime suprême contre l’humanité selon lui.

Dans son sermon, Steven Anderson a notamment déclaré que Barack Obama méritait de mourir. «Je vais prier pour qu’il meure et aille en enfer», a-t-il déclaré.

Le lendemain, le président américain venait justement prononcer un discours dans la région, devant un groupe de vétérans. Cette visite serait passée inaperçue si quelques hommes n’avaient paradé devant le lieu de la réunion avec des armes chargées (LT du 19 août). Il est apparu par la suite que l’un d’entre eux, Chris Broughton, porteur d’un fusil semi-automatique AR-15 et d’un pistolet, assistait la veille au sermon de Steven Anderson, dont il est un fidèle.

L’affaire a été reprise par quelques chaînes nationales et suscite, on s’en doute, un certain malaise. Un animateur de CNN affirme, citant des sources anonymes des services secrets, que les menaces de mort sur le nouveau président ont quadruplé par rapport à celles entourant ses prédécesseurs. Le même présentateur assure que le pasteur de Tempe aurait reçu la visite du FBI suite à son sermon, ce que l’intéressé dément avec énergie, affirmant user simplement de sa liberté d’expression.

Steven Anderson est un malin. La loi américaine punit celui qui profère des menaces contre le président ou le vice-président, mais le pasteur s’est bien gardé de le faire. Il a simplement souhaité la disparition du «serpent» Obama (aussi qualifié de «démon») sans suggérer à ses ouailles de passer à l’acte. Quant à Chris Broughton, interrogé par un journaliste local après la polémique, il a confirmé qu’il «se réjouirait» si Barack Obama disparaissait prématurément mais ne pèserait jamais sur la gâchette lui-même.

Le week-end dernier, une centaine de personnes ont protesté contre les incitations à la haine du pasteur Anderson devant son église. Au cours d’un autre sermon, un participant a eu l’audace de lui demander pourquoi le président américain est «un démon». «Fichez le camp de mon église si vous ne voulez pas entendre la vérité», lui a répondu Steven Anderson, père de cinq enfants que sa femme Zsuzsanna éduque à la maison.

Peu avant le sermon qui l’a rendu célèbre, Steven Anderson avait été interpellé par une patrouille de frontière et blessé au «taser» dans l’altercation suivant son refus de toute coopération. Le pasteur, qui aime bien se mettre en scène, a longuement dénoncé le traitement dont il a été victime sur une autre vidéo. Les Etats-Unis entendront probablement encore parler de lui.