Sur le plan du déconfinement, les Etats-Unis ressemblent à un immense patchwork. Chaque Etat fait comme il l’entend, dans un certain désordre, alors que les tensions sont vives entre Donald Trump et plusieurs gouverneurs, et que des manifestations anti-confinement s’organisent. L’exemple de la Géorgie illustre à merveille la cacophonie américaine. Un gouverneur qui veut aller vite, des maires furieux de ne pas avoir été consultés, et un président qui n’applaudit pas: le cocktail a de quoi déconcerter ses habitants.

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«Sacrifier des vies»

Le gouverneur de Géorgie Brian Kemp, un républicain, a décidé de rouvrir certains commerces non essentiels – salles de fitness, ateliers de tatouage, bowlings, salons de coiffure et de beauté – le 24 avril déjà. Depuis lundi, nouvelle phase, c’est au tour des restaurants et des cinémas. Très vite, les maires des principales villes sont montés au front. Surtout, Keisha Lance Bottoms, maire d’Atlanta. A la télévision, la démocrate n’a pas masqué sa colère. «Certains veulent sacrifier des vies au nom de l’économie et c’est inacceptable», a-t-elle lancé vendredi sur ABC, en accusant le gouverneur de ne pas respecter les critères de la Maison-Blanche.

«Certains veulent sacrifier des vies au nom de l’économie et c’est inacceptable»

Keisha Lance Bottoms, maire d’Atlanta

De nombreux habitants de Géorgie, dont des commerçants, partagent son indignation, inquiets de voir arriver une deuxième vague de la pandémie. Même Donald Trump, pourtant impatient de faire redémarrer l’économie, a critiqué l’action du gouverneur issu de son propre camp, jugeant que les spas et autres coiffeurs pouvaient attendre. Sur Twitter, il a précisé ne pas avoir «donné un OK au gouverneur Brian Kemp pour ces quelques commerces, en dehors des lignes directrices». Les Etats n’ont pourtant, en théorie, pas à attendre le feu vert de Washington, qui ne peut émettre que des recommandations.

D’autres Etats ont également mis leur plan de relance de l’économie à exécution. C’est le cas notamment du Texas, du Vermont, du Tennessee, de l’Alaska, de l’Oklahoma, du Minnesota, du Montana, du Mississippi, du Colorado, de l’Iowa, d’Hawaï ou encore de la Caroline du Sud et de la Floride. Mercredi, le gouverneur républicain de Floride, Etat dans lequel quelques plages ont rouvert le 17 avril, a annoncé de nouvelles mesures. La veille, Ron DeSantis avait rencontré Donald Trump dans le Bureau ovale. Au Texas, alors que certains parcs sont déjà accessibles, le gouverneur Greg Abbott a fait savoir que les centres commerciaux, cinémas et musées pourraient rouvrir dès le 1er mai, mais à 25% de leur capacité.

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Disperser des rassemblements

A New York, l’Etat le plus touché, qui totalise environ le tiers des cas de contamination et des décès du pays, l’heure n’est en revanche pas encore au déconfinement. Les mesures imposées restent valables jusqu’au 15 mai en tout cas. Mardi soir, le maire de New York, Bill de Blasio, a dû intervenir en personne à Brooklyn, pour disperser le rassemblement de juifs orthodoxes en hommage à un rabbin décédé. Il a exprimé sa colère sur Twitter, dénonçant «quelque chose d’absolument inacceptable» et a menacé la communauté juive de sanctions, ce qui lui a valu de vives critiques. Du côté de la Californie, l’Etat le plus peuplé, le gouverneur peste contre les plages bondées, tout en estimant qu’il faudrait avancer la rentrée scolaire de plusieurs semaines, si la situation le permet. Ces deux Etats sont dirigés par des démocrates.

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Le déconfinement reste très politique, les gouverneurs républicains suivant généralement l’impatience de Donald Trump à rouvrir les activités économiques. Mais pas tous. Dans l’Ohio par exemple, le gouverneur Mike DeWine préfère miser sur la santé plutôt que sur l’économie, et donne l’exemple en portant un masque confectionné par sa femme lors de ses apparitions publiques. Le républicain a par ailleurs été le premier à ordonner la fermeture des écoles. Avec la crise, son taux de popularité a augmenté.

Le coronavirus a désormais franchi le million de contaminés aux Etats-Unis. Avec déjà plus de 58 000 décès, il a tué plus d’Américains que durant la guerre du Vietnam.