Russie

Le patriarche de Russie adoube Staline

L’Église orthodoxe se range derrière les volontés du Kremlin

Le patriarche de toutes les Russies estime que la critique de Staline doit cesser. Faisant directement allusion au dirigeant soviétique et aux années 1930, Kirill a déclaré en fin de semaine dernière que «les succès d’un homme d’Etat qui a permis la modernisation du pays ne doivent pas être remis en question, même si ce dirigeant s’est permis de mauvais gestes».
Faire passer par pertes et profits les dizaines de millions de citoyens soviétiques assassinés dans des goulags, par le biais de famines artificiellement créées ou exécutés lors des grandes purges aurait soulevé un gigantesque tollé il y a 15 ans. Et tout particulièrement au sein du clergé orthodoxe, décimé par Staline.

Prononcées par le second patriarche orthodoxe depuis la fin de l’URSS, ces louanges sont passées comme une lettre à la poste, ne suscitant des réactions indignées que du côté de l’opposition à Vladimir Poutine.

Forces patriotiques

«[Kirill] s’inscrit dans le mouvement idéologique obscurantiste qui détermine actuellement l’esprit du temps en Russie, ou à tout le moins l’idéologie officielle», estime l’essayiste athée Alexandre Nevzorov. Le politologue Stanislav Belkovsky estime pour sa part que la déclaration «discrédite complètement le patriarcat en tant qu’institution», tout en rappelant que, anéanti en 1917, le patriarcat a été ressuscité en 1943 par Staline lui-même, alors qu’il tentait de s’appuyer sur toutes les forces patriotiques disponibles pour renverser la vapeur contre Hitler.

Une mouvance minoritaire ultra-conservatrice et nationaliste au sein du clergé orthodoxe cherchait déjà à présenter Staline comme un saint, mais des prêtres avaient été sanctionnés pour ces positions. Cet été encore, le métropolite Hilarion, l’une des voix les plus médiatiques du clergé russe, comparait Staline à Hitler et le définissait comme un «monstre» et un «épouvantail spirituel».

Incroyable volte-face

Ce qui ressemble à une incroyable volte-face n’en est pourtant pas une, si l’on en croit le journaliste Andreï Arkhanguelski. «Jusqu’à aujourd’hui, l’Eglise était le dernier bastion du pouvoir à se montrer intraitable envers les répressions staliniennes. En tant qu’homme influent, en tant que personnalité politique, Kirill s’est senti obligé de prononcer ce qui est aujourd’hui une phrase canonique», écrit-il sur slon.ru

Si la phrase n’a pas provoqué de tremblement de terre dans l’orthodoxie, c’est parce que celle-ci ne cache plus qu’elle est au service de l’Etat. Le patriarche suit ainsi un Vladimir Poutine qui, de manière habile, passe du baume sur les divisions sanglantes du pays entre les Rouges (communistes) et les Blancs (tsaristes) qui se sont entre-tués lors de la guerre civile (1917-1922). Vladimir Poutine avait réussi au début de son règne à rapprocher le clergé orthodoxe russe à l’étranger (resté fidèle aux Russes blancs) du patriarcat de Moscou. Jusqu’aux années 2000, le premier accusait les seconds d’être des agents du KGB à cause de leur collaboration avec le régime soviétique.

Dans ses déclarations sur l’histoire, Vladimir Poutine exalte également les triomphes soviétiques et l’héritage tsariste. Une unité conçue pour souder le plus largement possible la société russe derrière son leader.

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