Démenti vigoureux de Nicolas Sarkozy, mutisme au Parti socialiste: les accusations du Canard Enchaîné sur la ristourne immobilière dont aurait bénéficié l'ancien maire de Neuilly-sur-Seine lors de l'achat de son appartement en 1997 secouent la campagne présidentielle française. Dans son édition du 28 février, l'hebdomadaire satirique a affirmé que le ministre de l'Intérieur aurait obtenu une réduction d'environ 300000 euros sur le prix d'achat, puis l'aménagement d'un appartement (revendu en novembre 2006) dans l'un des quartiers huppés de son ex-commune.

Nicolas Sarkozy crie, depuis, son innocence et s'est dit «blessé de telles attaques infondées», sans avoir pour autant apporté de réponse à tous les éléments du Canard, dont les informations viennent de la conservation des hypothèques et de la comptabilité du promoteur Lasserre. Vendeur du bien incriminé, celui-ci était l'opérateur immobilier incontournable à Neuilly lorsque le candidat de l'UMP dirigeait cette municipalité cossue de la banlieue parisienne, entre 1983 et 2002. L'entourage du favori des sondages a réaffirmé jeudi qu'il réunirait «très vite» les preuves de sa bonne foi.

Les précédents du «Canard»

La fébrilité ambiante provient du fait que le journal - connu pour avoir révélé en 1972 que l'ex-premier ministre Jacques Chaban-Delmas ne payait pas d'impôts, et pour avoir accusé en 1979 Valéry Giscard d'Estaing de recevoir des diamants de l'ex-empereur centrafricain Bokassa - a promis de poursuivre son enquête patrimoniale. Il s'intéressera, la semaine prochaine, aux biens de la candidate socialiste Ségolène Royal et de son compagnon François Hollande, premier secrétaire du PS. Lesquels ont reconnu en janvier acquitter depuis deux ans l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) pour un montant de 862 euros, et disposer d'un patrimoine d'environ 900000 euros. Nicolas Sarkozy a, de son côté, déclaré en 2006 un patrimoine net imposable de 1137000 euros. Il paie aussi l'ISF. Tout comme le candidat centriste François Bayrou (700000 euros de patrimoine selon son site web) et Jean-Marie Le Pen qui, lui, n'a rien dévoilé publiquement, mais disposerait d'une fortune estimée entre 4 et 6 millions d'euros.

Souci légitime de transparence ou preuve que la «campagne tombe bien bas», comme a tonné au micro d'Europe1 la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie? L'offensive du Canard a en tout cas amené chacun à ressortir ses chiffres. L'Express a rappelé que Nicolas Sarkozy conservait des parts dans un cabinet d'avocats parisien fondé en 2002. Le candidat de l'extrême gauche Olivier Besancenot s'est plu, jeudi, à dire qu'il a seulement «37000 euros d'économies». La droite, elle, se souvient avec effroi des ravages provoqués par les révélations du Canard en 1995 sur l'appartement parisien loué à prix d'ami par Alain Juppé rue Jacob. L'homme qui tira à boulets rouges sur l'ex-premier ministre n'était alors autre... que le député PS Arnaud Montebourg, turbulent porte-parole de Ségolène Royal.

Sur la candidate socialiste, le doute plane aussi. Des proches du député UMP de l'Aveyron, Jacques Godfrain, premier à avoir accusé le couple de dissimuler ses propriétés, annoncent des révélations. Au centre du litige - qui vaut à Jacques Godfrain d'être poursuivi pour diffamation par François Hollande - figure leur résidence à Mougins, dans les Alpes-Maritimes. Son prix réel serait supérieur aux estimations.

«Corde sensible»

«Le patrimoine est plus que jamais la corde sensible en France, où la richesse reste mal perçue», juge un banquier d'affaires. Le Parti socialiste, qui se tait et affirme ne pas vouloir exploiter les rumeurs sur la fortune de Nicolas Sarkozy, sait toutefois que ce terrain est miné. Plusieurs organes de presse ont évoqué le risque d'exode de nombreux Français fortunés si Ségolène Royal était élue. «Les socialistes savent que, plus ils tirent sur la corde fiscale, plus ils se coupent des suffrages de la droite modérée dont ils vont avoir cruellement besoin», juge un éditeur signataire d'«Avant qu'il ne soit trop tard», l'appel lancé hier par une centaine d'intellectuels en faveur de la candidate PS.