Une enquête pour disparition a été ouverte en France concernant Meng Hongwei, le président chinois d'Interpol à Lyon, dont la famille n'a plus de nouvelles depuis son départ vers la Chine fin septembre, a-t-on appris vendredi de sources proches du dossier.

C'est son épouse qui a signalé sa disparition aux autorités françaises en faisant part de son inquiétude, a ajouté l'une de ces sources, confirmant une information de la radio Europe 1. «Il n'a pas disparu en France», a souligné cette source. L'enquête a été ouverte à Lyon, siège mondial de l'organisation internationale de coopération policière.

Selon le quotidien hongkongais en langue anglaise South China Morning Post, qui cite une source anonyme, Meng Hongwei «fait l'objet d'une enquête en Chine». Il a été «emmené» par les autorités «dès son atterrissage» la semaine dernière, a déclaré cette source.

Dans un très bref communiqué diffusé sur son compte Twitter, Interpol se dit «au courant des informations de presse faisant état de la disparition présumée». «Cela dépend des autorités concernées en France et en Chine», ajoute l'organisation, rappelant sans plus de commentaires que c'est le secrétaire général, l'Allemand Jürgen Stock, et non le président chinois, qui est «responsable de la gestion au quotidien».

La disparition soudaine de hauts dignitaires chinois est devenue relativement courante sous la présidence de Xi Jinping. Il mène depuis plusieurs années une campagne anticorruption soupçonnée de servir de purge politique, en Chine comme à l'étranger.

Une nomination critiquée par des ONG

Meng Hongwei, 64 ans, avait été élu le 10 novembre 2016 à la tête d'Interpol lors de sa 85e assemblée générale annuelle à Bali (Indonésie), en remplacement de la Française Mireille Ballestrazzi, devançant largement un unique concurrent namibien. Son mandat court jusqu'en 2020.

Avant sa nomination, il exerçait en Chine comme vice-ministre de la Sécurité publique et y dirigeait le bureau national d'Interpol. Il était également un poids lourd du Parti communiste chinois. Durant sa carrière de policier, il a travaillé dans des unités de lutte contre le trafic de drogue, l'antiterrorisme et a dirigé les gardes-côtes chinois, selon sa biographie sur le site d'Interpol.

Cette première nomination d'un Chinois à ce poste avait été critiquée par des organisations de défense des droits de l'Homme. La Chine a longtemps utilisé Interpol «pour arrêter des dissidents et des réfugiés à l'étranger», s'était inquiété notamment Amnesty International.

L'organisation policière s'en était défendue en rappelant que le président d'Interpol n'intervient pas dans son quotidien opérationnel, tâche dévolue à son secrétaire général, et en soulignant que l'article 3 de ses statuts lui interdit toute ingérence en matière politique.

Basée à Lyon, Interpol permet de favoriser les échanges entre les polices de ses 192 pays membres, grâce à des bases de données répertoriant par exemple les passeports déclarés volés.

L'organisation est connue pour sa diffusion des «notices rouges», présentées souvent - à tort - comme des mandats d'arrêt internationaux: elles informent en réalité les pays membres d'Interpol de la délivrance d'un mandat d'arrêt par l'autorité judiciaire de l'un d'eux, sans obligation d'arrestation ni d'extradition.