Le Temps: Existe-t-il des dragueurs pathologiques?

Paul Bensussan: Il va de soi que je ne m'exprime pas sur la personnalité en cause, mais sur la problématique que vous soulevez. La réponse à votre question est clairement oui. Mais il faut distinguer deux types de comportements. Il y a le comportement de cour, de séduction, avec des signaux verbaux et non verbaux, où l'on prend le temps de faire connaissance. Et puis il y a une drague plus directe, plus explicitement sexuelle, qui court-circuite la phase de séduction. Pour caricaturer, c'est un peu le dessin de Reiser où un type parcourt une plage en demandant à toutes les femmes: «Ça vous dirait de tirer un petit coup avec moi?»

Quand on parle de drague pathologique, on se réfère à cette drague plus crue, plus sexuelle, pratiquée de façon extrêmement répétitive, avec quasi-indifférence aux échecs et abolition provisoire ou durable des signaux de danger. Il y a à la fois répétition et inadéquation entre la position du personnage, sa maturité par ailleurs, et les conséquences possibles de ses actes. Le sujet, dans sa quête, va perdre sa faculté de discernement et, une fois que le danger est écarté, il va recommencer. Bien au-delà du comportement sexuel, il s'agit d'une quête de sensation forte, qui serait sous-tendue par une propension à l'ennui.

- Les hommes politiques sont-ils plus exposés que d'autres à cette dérive?

- Le fait d'avoir du pouvoir, et de sentir que le pouvoir vous rend plus séduisant, peut vous inciter à être encore plus direct, plus cru. Il y a une véritable potentialisation entre la drague compulsive et le pouvoir, parce qu'il fait tomber les barrières, qu'il permet de prendre des raccourcis. Cela vaut surtout pour un être narcissique, qui se montre peu réceptif aux émotions de l'autre.

Le nouveau code de la sexualité,Paul Bensussan et Jacques Barillon, Odile Jacob, 2007.