Ovationné dimanche, renvoyé à ses chères études lundi. Certes, Paul Kirchhof, l'expert fiscal et financier le plus renommé d'Allemagne, demeurera l'un des piliers de l'équipe de proches conseillers de la candidate Angela Merkel. Et ce professeur de droit fiscal de 62 ans, ancien juge à la Cour constitutionnelle, est toujours pressenti comme futur ministre des Finances. Mais après l'heure de gloire lors du congrès électoral de l'Union chrétienne-démocrate (CDU) dimanche, à Dortmund, ce professeur égaré en politique retombe de haut.

D'une petite phrase assassine, l'allié bavarois Edmund Stoiber a bien fait comprendre ce qu'il pensait de la grande idée de réforme fiscale du «Rambo des impôts», le taux unique de 25% pour tous les revenus: «Un modèle irréaliste… des discussions purement académiques.» Autant dire que la profonde réforme fiscale caressée par la CDU a du plomb dans l'aile.

Après Helmut Kohl, et bien sûr Angela Merkel, Paul Kirchhof a été la personnalité la plus longuement applaudie dimanche, lorsque la candidate de l'opposition conservatrice a présenté son équipe d'experts. Son arrivée est considérée comme providentielle, car elle doit renforcer l'image de compétence de la CDU en matière fiscale, après des années d'atermoiements sur les réformes à adopter. Il est vrai que ce chevalier des réformes audacieuses s'est taillé au cours des années une certaine popularité grâce à ses interventions télévisées et ses talents pédagogiques.

Angela Merkel ne tarissait pas d'éloges à son sujet: «C'est le pionnier de la simplification du droit des impôts en Allemagne. Pour lui, un concept d'imposition c'est d'abord un concept de société. Et les discussions au sujet de ses propositions montrent bien que nous avons besoin d'une nouvelle mentalité… Le modèle Kirchhof électrise beaucoup de monde en raison de sa simplicité convaincante.»

La proposition de Paul Kirchhof a reçu encore le soutien inattendu de Friedrich Merz, l'expert fiscal de la CDU jusqu'en automne dernier, avant qu'il ne claque la porte de la direction du parti à la suite d'une violente bataille de pouvoir, perdue, contre Angela Merkel. Friedrich Merz est connu pour avoir proposé un modèle fiscal qui permettrait à chacun «de calculer ses impôts sur un carton de bière». C'est précisément Friedrich Merz que Paul Kirchhof a été appelé à remplacer. Mais leurs idées vont dans le même sens: il faut simplifier la jungle fiscale et supprimer la grande majorité des quelque 96 000 règles et exemptions qui permettent aux plus hauts revenus et aux indépendants de soustraire une grande partie de leurs revenus aux impôts.

Mais à l'intérieur de la CDU la fronde monte. Comme Christian Wulff (Basse-Saxe) ou Peter Müller (Sarre), la plupart des ministres-présidents, inquiets d'une probable chute des rentrées fiscales mais surtout du sentiment d'injustice que pourrait ressentir la population, y sont toujours plus opposés. Edmund Stoiber, le puissant patron de la Bavière, a sans doute donné le coup de grâce à cette idée. Qui à gauche était utilisée comme épouvantail. «Taxer selon la même échelle ceux qui gagnent beaucoup et ceux qui gagnent peu, c'est asocial et injuste», s'est indigné le président (SPD) du Bundestag, Wolfgang Thierse.