Belgique

Paul Magnette, le Wallon qui exige un autre accord avec le Canada

La signature de l’accord de libre-échange Union européenne-Canada prévue ce jeudi n'aura pas lieu: les Canadiens ne viendront pas. Le président wallon résiste aux pressions. Portrait

Lorsqu’il était professeur invité à l’Université de Lausanne en 2005, Paul Magnette avait laissé une forte impression sur ses étudiants. Plus particulièrement sur Raphaël Mahaim, aujourd’hui avocat, député vert au Grand conseil vaudois et blogueur politique. «Je me rappelle m’être dit que ce professeur belge était destiné à des plus grands auditoires, tant son cours sur les institutions européennes était brillant, passionnant et décoiffant, se souvient-il. Cet Européen convaincu mettait déjà en lumière le fossé entre les bureaucrates de Bruxelles et les citoyens et parlait de renforcer la démocratie au sein de l’Union européenne.»

Chef du gouvernement de la Wallonie, région francophone minoritaire belge de 3,6 millions d’habitants, Paul Magnette incarne ouvertement la résistance au CETA, l’accord de libre-échange Union européenne-Canada en négociation depuis cinq ans. Sa signature prévue pour ce jeudi à Bruxelles en présence du premier ministre canadien Justine Trudeau, n’aura pas lieu. L’Etat fédéral belge ainsi que la Commission tentent toujours de négocier un compromis, mais les responsables canadiens ont annoncé qu’ils ne viendront pas ce jeudi à Bruxelles.

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Paul Magnette est-il un irréductible qui résiste à la toute-puissance européenne? «Je ne suis pas contre le commerce et encore moins contre le Canada avec lequel nous avons de très bonnes relations», a-t-il déclaré dans un vibrant discours prononcé mardi devant le parlement wallon. «En revanche, je suis opposé à cet accord négocié dans l’opacité et qui fait fi des questions sociales, environnementales et de droits humains.» Paul Magnette a juré avoir attiré l’attention de la Commission depuis plus d’un an sur de nombreux points litigieux, mais sans qu’il y ait de suite constructive.

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Appelé par Elio Di Rupo

Paul Magnette, 45 ans et père de quatre enfants, habite à Charleroi, capitale de la Wallonie, au tissu industriel en déclin lié à la crise de l’industrie métallurgique dès les années 1980. Docteur en sciences politiques, professeur à l’Université libre de Bruxelles et aussi chargé de cours à Lausanne, Paris, Bordeaux, à Pise et à Cambridge, Paul Magnette a été un analyste reconnu, capable de décortiquer les hauts et les bas de la construction européenne. Un tel talent ne passe pas inaperçu.

En 2007, lorsque le Parti socialiste régional au pouvoir en Wallonie est englué dans divers scandales de corruption, l’homme fort du parti Elio Di Rupo le propulse à la direction du parti. Il nettoiera l’écurie d’Augias. Sept élus seront inculpés.

Il a «une stratégie nationale»

Par la suite, Paul Magnette a enchaîné les postes de responsabilité. Le PS se trouvant à présent dans l’opposition au niveau fédéral, il se consacre à la modernisation de sa région. «Il poursuit aussi une ambition nationale, explique Régis Dandoy, politologue belge. La stratégie d’opposition au CETA vise aussi à rassurer l’électorat traditionnel socialiste qui est tenté par le nouveau parti de gauche radical – Parti du travail de Belgique –, lequel monte en puissance.» La presse belge voit déjà Paul Magnette à la tête du Parti socialiste belge qui incarne l’alternance à l’actuelle alliance libéral-nationaliste au pouvoir.

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